La visite d'état
de Joseph Kabila aux Etats-Unis suscite la méfiance des Belges
(*)
Dans la crainte de voir Kabila
basculé du côté américain, Louis Michel aurait
lancé à corps perdu le MR dans un partenariat avec le
MLC de J.P Bemba.
Alves Georges , Bruxelles,
6 novembre 2003
Selon un responsable
du MLC à Bruxelles, qui a requis l'anonymat, le parti de Jean-Pierre
Bemba (Mouvement pour la libération du Congo) aurait conclu un
accord de partenariat avec le MR (Mouvement Réformateur) du ministre
belge des Affaires Etrangères belges, M. Louis Michel.
Un choix qui, au vu des nombreux observateurs, dénoterait un
climat de malaise au sein du parti du ministre Michel.
L'opinion se souvient que le chef de la diplomatie belge s'est souvent
présenté en parrain de Joseph Kabila. Pareille prise de
position de la part de son parti ne devrait donc pas se faire sans heurt.
Ce choix, du jour au lendemain, fait de Bemba - le criminel encore sous
condamnation judiciaire du tribunal de Bruxelles - le principal allié
en RDC du MR. Sa justification se trouverait, selon des sources bien
informées, dans l'inquiétude croissante dans les milieux
politiques et affairistes belges. Nombreux sont ceux qui, en effet,
s'interrogent encore sur l'évolution politique du jeune Kabila.
Ces milieux redoutent principalement que les Etats-Unis d'Amérique
leurs raflent des parts du marché juteux au Congo.
La Belgique, convient-il de rappeler, veut obtenir outre les ressources
naturelles et minières, le contrôle de l'armée et
des services de sécurité du Congo. Elle voudrait également
s'accaparer de l'appareil judiciaire et administrative de ce pays. Le
21 octobre dernier, François Xavier de Donnéa (député
MR) qui s'adressait à Louis Michel à l'issue d'une séance
de la Commission parlementaire des Relations Internationales, a déclaré
: « Nous devons aider à remettre sur pied un appareil
de sécurité digne de ce nom. Il ne s'agit pas uniquement
d'une question de coopération militaire. » Souhait aussi
tôt confirmé par Louis Michel qui a parlé de la
« reconstruction de l'état de droit, de l'état social,
et de l’administration congolaise. »
Mais la voracité de la petite Belgique bute à un grand
obstacle: les Etats-Unis visent eux aussi à prendre en charge
la reconstruction du Congo, à commencer par l'armée. L'ambassadeur
Aubrey Hooks a laissé entendre au départ du Chef de l'Etat
congolais pour les USA, au début de la semaine, que «
le Président Joseph Kabila ne manquera pas de solliciter au Président
Bush, l'assistance des Etats-Unis pour aider la transition, la restructuration
de l'armée ainsi que l'organisation des élections ».
Une façon fort diplomatique de faire dire au Chef de l'Etat
congolais les points précis des discussions qu'entendait aborder
George Bush junior lors de son entretien avec le numéro un congolais.
Louis Michel veut lancer un message fort à Joseph Kabila
C'est sans doute cette nouvelle stratégie américaine qui
dérange côté belge. L'inquiétude dans le
rang du Mouvement Réformateur belge se justifie d'autant plus
qu'il faut remonter à 1986, c'est-à-dire à l'époque
du dictateur Mobutu, pour voir un Chef de l'Etat congolais reçu
en visite d'Etat par la Maison Blanche.
Par ailleurs, la France s'avère aussi être un concurrent
de taille dans la course à la « reconstruction du Congo
», même si sa présence au Congo inquiète
moins les Belges. Selon un rapport de la CIA révélé
par le journal kinois « Le Communicateur”, la semaine dernière,
l'Amérique de Bush voit d'un mauvais oeil l'influence grandissante
du cercle « franco européen » autour de
Joseph Kabila.
En annonçant haut et fort les noms de Jean-Pierre Bemba, Olivier
Kamitatu et … Ghonda - tous dirigeants du MLC - comme hommes politiques
les plus promettant aux côtés de Joseph Kabila dans l'actuelle
génération (lire interview du chef de la diplomatie belge
dans Jeune Afrique l'Intelligent de la semaine dernière), Louis
Michel a voulu lancer un message fort au Chef de l'Etat congolais au
moment où celui-ci s'apprêtait à prendre l'envol
pour Washington : « Attention Joseph », voulait-il
dire « si tu préfères suivre Bush, alors ne
sois pas étonné que nous ayons recours à Bemba,
Kamitatu et Ghonda. D'ailleurs ceux-ci ne demandent pas mieux... »
Or La Rdc a connu les 5 dernières années 5 millions de
morts ! Le temps que des jeux politiciens et irresponsables étaient
conçus comme chose normale est définitivement fini. Le
peuple congolais attend un sens de responsabilité de la part
de n’importe qui qui a l’ambition de se mêler des
affaires congolaises. Il est temps que les grands stratèges de
la petite Belgique commencent à comprendre.
(*) Article
paru dans le site de notre section belge www.deboutcongolais.be.tf