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Intervention européenne à Bunia - Comment obtenir la paix au Congo?
L'Union européenne envoie cette semaine une force d'intervention à Bunia. 1.500 soldats surveilleront l'aéroport et protégeront la population dans la ville et dans les camps de réfugiés contre la terreur des milices. Quel jugement porter?

Solidaire, 11 juin 2003

«Qu'en sera-t-il des tueries en dehors de la ville de Bunia (où la force d'intervention n'a pas de mandat, ndlr) et qu'arrivera-t-il après le 1er septembre lorsque la force d'intervention repartira?»1. Le président congolais, Joseph Kabila a réagi.
L'Union européenne continue à penser que les conflits dans la région de l'Ituri sont essentiellement des conflits entre Congolais et que la situation s'est dégradée à cause de la présence de milices ethniques. Une intervention rapide et énergique permettrait dès lors de résoudre le problème.

Mais on ne parle pas du fond : ce sont les Etats-Unis qui ont déclenché la guerre contre le régime nationaliste de Mzee Kabila. Cette guerre a déjà fait 4 millions de morts. Aujourd'hui, la guerre continue par l'intermédiaire de leurs laquais rwandais et ougandais. Le meilleur allié américain en Afrique, le président rwandais Kagame, a «repris» l'UPC, le mouvement rebelle de Thomas Lubanga. Il a lourdement armé cette milice tout en l'encadrant d'officiers rwandais bien entraînés. Kagame utilise Lubanga depuis six mois comme atout pour saboter le processus de paix au Congo, pour préparer la sécession de la riche province du Kivu et pour menacer son rival personnel, le président ougandais Museveni.
Thomas Lubanga est un seigneur de guerre qui s'est séparé en avril 2002 du chef des rebelles Mbusa Nyamwisi, dont il était le «ministre de la Défense». Nyamwisi s'était lui-même séparé de Wamba dia Wamba, séparé à son tour du mouvement rebelle RCD-Goma, dont il a été le président à l'époque... Tous ces «chefs de rebelles» sont en premier lieu des hommes de paille des armées rwandaise et ougandaise.

Lorsqu'en novembre 2002, Museveni (sous la forte pression de Kinshasa et de la communauté internationale) avait signifié à ses marionnettes congolaises Mbusa et Lubanga que le temps de la paix était venu2, Lubanga a opté pour une alliance avec le rival de Museveni, Kagame. Le 6 janvier, Lubanga concluait un «accord de coopération militaire, économique et politique» avec les rebelles pro-rwandais du RCD-Goma.3

Un rapport sur la situation de l'Ituri, émanant de la coordination des ONG européennes au Congo, précise: «Les forces rwandaises, qui était absentes de l'Ituri depuis 1998, appuientouvertement l'UPC. Au mois de février 2003, elles auraient acheminé à Mongwalu environ 50 hommes par jour par petits porteurs, à partir de Goma. Le 9 mars 2003, environ 10.000 militaires du RCD et de l'APR ont commencé l'attaque des territoires de Beni et Lubero en vue de faire la jonction avec l'UPC en Ituri. Cette attaque avait été préparée à Vitshumbi et à Bwito par des hommes de Kigali, notamment le général Alexis Kagame de l'armée rwandaise.»4

Cette nouvelle alliance constituait une menace directe pour l'Ouganda. Les armées ougandaise et rwandaise avaient en effet mené ouvertement trois guerres depuis 1999 sur le territoire congolais afin d'acquérir le contrôle de la riche ville diamantaire de Kisangani. La tentative de Kagame de contrôler toute la région frontalière entre l'Ouganda et le Congo était dès lors une véritable déclaration de guerre pour Museveni . Durant les mois de février et d'avril, on s'attendait à une guerre entre l'Ouganda et le Rwanda en Ituri.

Le 6 mars, les troupes ougandaises ont chassé Lubanga de la ville de Bunia. Aujourd'hui, trois mois plus tard, l'armée ougandaise, sous la forte pression internationale, s'est finalement retirée du Congo. Ces milices pro-rwandaises de Lubanga sont plus fortes que jamais. Malgré tous les accords de paix, elles ont pu occuper la ville de Bunia et y installer un régime de terreur. La seule explication, ce sont les énormes quantités d'armes et le renfort que Lubanga a continué à recevoir du Rwanda.

L'Europe veut-elle vraiment mettre fin au génocide congolais?

Les doutes du président congolais Kabila à propos de l'intervention européenne à Bunia sont fondés. En échange de son feu vert pour l'intervention européenne, Kagame, soutenu par les Etats-Unis, a obtenu que la milice UPC ne soit pas désarmée. L'UPC se retire simplement durant trois mois dans des casernes et des bases en dehors de la ville de Bunia. Mais elle continue à revendiquer le droit d'administrer la ville et la région. Elle continue à menacer la population via la radio et elle conserve le contrôle de richesses économiques importantes, comme les mines d'or de Mongbwalu.
Le risque est donc grand qu'après le 1er septembre, les milices pro-rwandaises rentrent dans Bunia et en reprennent le contrôle. Ce qui serait inacceptable pour l'Ouganda et provoquerait un nouveau chaos.

On est en droit de se demander si l'Union européenne veut vraiment la paix et la stabilité au Congo. Bunia semble plutôt être pour les puissances européennes une occasion et un exercice en vue de développer, à l'ombre des Etats-Unis, leur propre politique militaire impérialiste. Un responsable gouvernemental britannique justifiait comme suit l'envoi d'une force d'intervention européenne: «Chez les Européens, il y avait un désir manifeste de montrer que nous pouvons, après l'Irak, travailler ensemble sur des problèmes de défense et pas uniquement sur des sujets économiques.»5
Solana, responsable des Affaires étrangères de l'Union européenne, disait sans ambages que l'intervention militaire à Bunia est un départ en vue d'une politique de défense européenne.6 La ministre française de la Défense Michèle Alliot-Marie ne laisse planer aucun doute: «L'Europe de la Défense, c'est un moyen d'affirmer le continent comme une puissance».7

Verhofstadt a utilisé la situation à Bunia pour rouvrir le débat sur la présence militaire belge en Afrique centrale. Le Soir écrit : «La perspective de déploiement d'une force multinationale en Ituri dirigée par les Français, avec l'appui de troupes britanniques, alors que la Belgique devra se cantonner à des opérations «périphériques», a ébranlé le dernier obstacle».8
L'Europe exploite les 4 millions de morts congolais pour avancer ses propres plans pour les interventions d'agression. Comment le Congo peut-il s'en sortir? Avant tout, il doit disposer d'une armée forte qui soit capable de défendre son indépendance face aux agresseurs rwandais et à toutes les menaces et ingérences étrangères.

Les progressistes belges et européens doivent dénoncer l'impérialisme américain comme responsable principal des quatre millions de victimes de la guerre au Congo. Ils doivent soutenir la politique d'indépendance et de développement autonome au Congo, en combattant toutes les formes d'ingérence néocoloniale européenne sur le plan économique et militaire. C'est au gouvernement congolais de voir comment exploiter les contradictions entre l'hégémonisme américain et l'impérialisme européen tout en gardant son indépendance.

1 Le Phare, 5 juin · 2 The New Vision, 18 novembre 2002 ·3 Irin, 13 janvier 2003 · 4 Réseau européen Congo (REC), 24 avril 2003 · 5 The Daily Telegraph, 29 mai · 6 Le Soir, 20 mai · 7 Ibidem ·8 Le Soir, 4 juin.
 

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