Message
de Nouvel an à la Nation
Par
le Président Joseph Kabila, 1 janvier 2005
Congolaises,
Congolais,
Mes Chers compatriotes,
Au moment où une année s’en va et où
une autre commence, je voudrais m’adresser à vous
pour vous souhaiter chaleureusement, une Bonne et Heureuse Année
2005, en vous exprimant mes voeux les meilleurs de santé
et de bonheur.
Mes
pensées profondes et fraternelles s’adressent particulièrement
à nos frères et soeurs, vivant dans les zones autrefois
assiégées et à qui je n’ai pas encore
pu rendre visite. A tous ces compatriotes, je formule, du fond
du coeur, mes voeux d’espérance et de totale solidarité
face aux épreuves qui continuent à accabler la nation
et dont elles sont encore aujourd’hui les martyrs.
Mes
pensées vont également vers tous et chacun des éléments
des forces armées, des forces de l’ordre et de sécurité
de notre pays, à pied d’oeuvre dans différentes
parties du territoire national, afin d’oeuvrer au rétablissement
de l’autorité de l’Etat et particulièrement
ceux qui ont pour mission essentielle d’éradiquer
les poches de violences et de tensions au Kivu et en Ituri.
Qu’ils
trouvent ici l’hommage de mon soutien le plus fervent ainsi
que la reconnaissance de la nation, pour leur formidable dévouement
et leur vigilance et engagement de tous les instants.
Au moment
où le monde entier est profondément affligé
par la tragédie causée par le raz-de-marée
consécutif au séisme qui vient de secouer l’Asie,
mais dont les dévastations atteignent pratiquement tous
les continents, je voudrais exprimer, en votre nom à tous,
les condoléances les plus attristées ainsi que la
compassion et la solidarité de la nation congolaise aux
familles, aux peuples et aux gouvernements touches par ce cataclysme
sans précédent. Face à cette catastrophe,
le peuple congolais tout entier, à travers son gouvernement,
apporte son appui total à tous les efforts de la communauté
internationale pour secourir les victimes et aider à la
reconstruction des régions dévastées.
Mes
Chers compatriotes,
L’année qui s’achève avait bien débuté,
avec de bonnes perspectives pour notre pays. Les institutions
de la transition, ayant ainsi prises leurs marques, avaient entamé
la réalisation des objectifs de la transition.
Le gouvernement s’est attelé à remplir ses
missions essentielles, conformément aux objectifs de la
transition, notamment la réunification du pays, le rétablissement
de l’autorité de l’Etat avec les mises en place
de la Territoriale et de la Police, la réconciliation nationale,
l’intégration de l’armée et l’organisation
des élections.
Au plan
économique, les mesures d’assainissement du cadre
macro-économique initiées en mai 2001, et poursuivies
depuis lors, ont engendré la stabilité des prix
et le maintien du pouvoir d’achat. En effet, le taux d’inflation
actuel n’est que d’un chiffre. Par ailleurs, pour
la troisième fois consécutive depuis les années
80, le taux de croissance économique est supérieur
à la croissance démographique. Concernant la reconstruction
nationale et de réhabilitation des infrastructures de base,
des actions et initiatives ont été lancées
un peu partout à travers le pays.
Dans
ce domaine, les partenaires de notre pays ont, au cours de l’année
qui s’achève, apprécié et appuyé
les efforts du gouvernement dans la conduite de son programme
de développement. C’est ainsi qu’ils ont accepté
de financer un programme de reconstruction de l’ordre de
7 milliards de dollars couvrant, d’ici fin 2007, les secteurs
essentiels de la vie nationale, tels que les infrastructures,
l’énergie, l’eau, la santé et, particulièrement,
la lutte contre le VIH/Sida, l’éducation, l’agriculture
et la recherche scientifique.
Toutefois,
il importe de reconnaître qu’en dépit de ces
efforts, la population est confrontée à des difficultés
économiques et sociales, en particulier dans les secteurs
de la santé et de l’éducation, de l’eau
et de l’électricité, du transport et des voies
de communication. Ces difficultés sont aggravées
par la modicité des rémunérations des agents
de l’Etat et le faible pouvoir d’achat des citoyens.En
réponse à cette situation préoccupante, le
gouvernement s’est engagé pour un meilleur prise
en charge des secteurs de l’éducation et de la santé,
dans le budget 2005. De même, la réforme de l’administration
publique, initiée en 2004, permettra d’assainir ce
secteur et d’améliorer les conditions de travail
et de vie des fonctionnaires et agents de l’Etat.
En tous
les cas, le gouvernement va privilégier une politique économique
créatrice de nouveaux emplois en initiant des investissements
publics tout en mettant un accent particulier sur le rôle
moteur de l’initiative privée. Pour ce faire, des
mesures additionnelles incitatives à l’attrait des
investissements privés, générateurs d’emplois
seront prises dès le premier trimestre de l’année
qui commence.
En matière de législation, le Parlement, dans sa
tâche essentielle de préparation du cadre juridique
pour l’organisation des élections, a débattu
et adopté plusieurs textes de lois, notamment :
-
la Loi sur les partis politiques ;
-
la Loi portant organisation, attributions et fonctionnement
de la Commission, Electorale Indépendante ;
-
la Loi sur la Nationalité ;
-
la Loi sur l’identification nationale et l’enrôlement
des électeurs.La Loi sur la Défense Nationale
ainsi que la mise en place du Conseil Supérieur de la
Défense et de la structure militaire d’intégration
ont permis de baliser la voie vers l’intégration
et la restructuration de l’armée.
Mes
Chers compatriotes,
Certes, à côté de ces avancées, le
fonctionnement des institutions de la transition a connu certaines
imperfections et faiblesses que l’on ne peut taire. Je déplore
particulièrement la persistance des dysfonctionnements
au niveau de l’appareil de l’Etat et la faiblesse
d’exécution de certaines taches essentielles de la
Transition.
A ce propos, tout doit être mis en oeuvre dès le
début de l’année qui commence pour accélérer
l’application de la Feuille de Route de la Transition.
Par
ailleurs, le rapport d’audit de l’Assemblée
Nationale a éclairé l’opinion publique sur
des cas de malversation et de mauvaise gestion, qui dénotent
la persistance des antivaleurs et du chemin qui reste encore à
parcourir dans le cadre de la bonne gouvernance et de la lutte
contre la corruption. Ces malversations sont inacceptables et
doivent êtres sanctionnés. Les audits se poursuivront
donc dans d’autres entreprises et services de l’Etat,
et ce sur l’ensemble du territoire national. Cela est indispensable
pour que tous, nous sachions que la chose publique n’est
pas à confondre avec les biens personnels.
Je voudrais également relever les cas du retard accusé
dans les mises en place dans les services de sécurité
et les entreprises publiques, pour lesquelles j’ai instruit
les membres de la commission gouvernementale ad hoc en charge
de ces questions d’accélérer les procédures.
Mes
Chers compatriotes,
Ainsi, malgré quelques difficultés, nous avions
des raisons, au cours de l’année 2004, d’envisager
l’avenir avec foi et confiance. La guerre était derrière
nous, l’espoir devant. Cet espoir a été contrarié,
car, toutes les affres que l’on croyait enterrées
avec la fin des rebellions et le retrait des troupes étrangères,
ont vite resurgi.
Le malheur a touché beaucoup de nos foyers. Que peines
et d’épreuves en 2004. Les ennemis de la nation internes
et externes, n’ont pas désarmé et ont cherché
obstinément par tous les moyens à déstabiliser
les institutions de la transition.
Depuis
quelques semaines, le Nord Kivu est de nouveau théâtre
d’affrontements entre nos troupes et celles d Rwanda. Mettant
ses menaces à exécution, ce pays à de nouveau
envoyé ses troupes sur notre territoire national sous prétexte
de poursuivre et désarmer les ex-FAR, e faisant fi des
initiatives et de tous les mécanismes mis e place, de commun
accord, pour résoudre ce problème
Alors que la volonté du gouvernement était de consacré
tous les efforts et les moyens nécessaires à la
lutte contre la pauvreté et l’organisation des élections,
nous voilà, un fois de plus, contraints à privilégier
les dépenses militaire pour assurer la défense de
notre territoire. Face à cette situation, toutes les ressources
sont mobilisées et aucun énergie ne sera épargnée
pour défendre la nation.
À
maintes reprises, j’ai attiré l’attention de
l’opinion publique et de la communauté internationale
sur ces violations répétées de l’intégrité
territoriale de notre pays. Implicitement d’abord, et plus
clairement ensuite, le Conseil de sécurité des Nations
Unies et l’Union Européenne, ont finalement reconnu
la présence de troupes rwandaises sur notre sol.
Il appartient
donc à la communauté internationale prendre ses
responsabilités et au peuple congolais s’assumer
en vue de faire respecter sa souveraineté.
Les
pays agresseurs doivent savoir qu’ils ne pourront pas indéfiniment
défier le peuple congolais. Quelles que soient les circonstances,
notre pays réagira sans hésitation et de la manière
la plus appropriée à toute menace et action portant
atteinte à ses droits inaliénables.
Mes
Chers compatriotes,
Face à toutes ces épreuves et les tentatives de
remise en cause des efforts de paix, qui dénotent la volonté
de perturber le processus de transition, directement ou indirectement,
par l’instrumentalisation de certains de nos compatriotes,
la nation doit savoir rester mobilisée et engagée.
Car la dignité et la grandeur des peuples se mesurent aussi
à l’aune de leur capacité à faire face
à l’adversité et aux épreuves.
Ce qui
se passe aujourd’hui au Nord Kivu est le résultat
dune obstination cynique de ceux qui cherchent à créer
des failles dans l’unité du peuple congolais et à
briser notre ferme détermination à réussir
le pari de la paix, de la pacification et de la prospérité.
Malgré ces épreuves et difficultés, nous
devons rester fermement attaches aux principes et valeurs qui
nous sont propres, l’unité et l’amour de la
patrie.
J’en appelle donc instamment à ceux de nos compatriotes
qui ont succombé aux manipulations extérieures à
revenir à la raison car il n’y a pas d’autre
alternative que le respect des lois de la République.
Mes
Chers compatriotes,
A Pretoria et à Sun City, les acteurs politiques et les
forces vives ont pris le ferme engagement de conduire notre pays
aux élections, car le peuple congolais a le droit de choisir
librement ses dirigeants.En m’adressant à vous ce
soir, je voudrais réaffirmer, une fois de plus, ma détermination
à conduire le pays à la tenue des élections.
Seul un scrutin crédible apportera la stabilité
politique et économique dans notre pays. L’année
2005 sera bel et bien une année électorale. Dans
cette optique, nous devons continuer, à poser, chaque jour,
des jalons en vue de relever les défis importants, qui
conditionnent la réalisation de cet objectif ultime, que
sont :
-
primo,
le parachèvement du cadre juridique et institutionnel,
par l’adoption du Projet de Constitution, la tenue du
référendum constitutionnel et l’élaboration
de la Loi Electorale;
-
secundo,
le renforcement des conditions de sécurité, à
travers l’intégration effective de l’armée
et de la police, le démantèlement définitif
des groupes armées et le renforcement des moyens d’action
de nos forces l’ordre et de sécurité et;
-
tertio,
la poursuite de l’extension et le rétablissement
de l’autorité de l’Etat sur l’ensemble
du territoire national.
L’objectif
final étant d’aller aux élections, je demande
à tous les détenteurs de pouvoirs publics de ne
pas délaisser la gestion des charges officielles qui leur
sont confiées en se lançant dans une campagne précoce
et à tous les acteurs politiques, de s’attacher aux
textes de la transition.
Mes
chers compatriotes,
Chacun, à sa manière, nous allons achever cette
année 2004, pour entamer 2005, années décisives
et historiques dans la mesure ou elle va présider à
l’aboutissement de la transition et à l’avènement
de la nouvelle république.Quelles que soient les vicissitudes
du moment, l’autorité de l’Etat sera impérativement
rétablie sur toute l’étendue du territoire
national et la réunification du pays sera renforcée.
Notre peuple sortira de l’épreuve en étant
encore plus soudé et plus fort qu’aujourd’hui.
Bonne
Année et que Dieu bénisse la République Démocratique
du Congo.
|