Discours
de Joseph Kabila au sommet des chefs d’état de la
SADC
Blantyre,
Malawi le 14 janvier 2002
(...)
Excellences Messieurs les Présidents ;
L'histoire
retiendra que la RDC a été entraînée
dans une guerre qu'elle n'a ni voulue ni provoquée. Mon
pays n'a fait que se défendre en usant uniquement de son
droit de légitime défense tel que prévu par
la Charte des Nations Unies à son article 51.
En effet, nul n'ignore que cette guerre a comme origine les événements
de triste mémoire de 1994 au Rwanda, où les extrémistes
rwandais, fussent-ils Hutu ou Tutsi, ont perpétré
un génocide. C'est peut être ici, l'occasion de rappeler
que le génocide rwandais de 1994 a été perpétré
au Rwanda, par des Rwandais sur d'autres Rwandais et que le peuple
et le Gouvernement congolais n'y ont été mêlés
ni de près ni de loin, ni directement ni indirectement.
Le Gouvernement
de la République Démocratique du Congo, alors Zaïre,
avait condamné, en son temps, de la façon la plus
catégorique ces crimes ignobles perpétrés
contre l'humanité.
A cette occasion, et conformément aux conventions internationales
en matière des réfugiés auxquelles la République
Démocratique du Congo a souscrit, mon pays a eu à
accueillir sur son territoire environ deux millions de Rwandais
Hutu parmi lesquels les éléments des ex-Forces Armées
Rwandaises (ex-FAR) ainsi que les milices hutu appelés
' interhamwe '.
L'on
se souviendra que les dirigeants de la République du Congo,
alors Zaïre, avaient sollicité, en son temps, sans
succès, l'aide de la Communauté Internationale afin
de recenser les réfugiés rwandais, de séparer
les civils des militaires et des miliciens et de déplacer
les vrais réfugiés à plus de 150 Km de la
frontière avec le Rwanda.
En outre, la désagrégation du régime mobutiste,
confronté à une crise économique sans précédent
et dont la légitimité était remise en question
par le peuple congolais n'a fait qu'empirer la situation.
A partir
de 1967 M'Zee Laurent Désiré Kabila et les forces'progressistes
congolaises se sont organisés contre la dictature mobutiste.
Profitant de cette guerre de Libération, les unités
de l'Armée Rwandaise se sont organisées pour attaquer
les camps des réfugiés rwandais installés
par le Haut Commissariat aux Réfugiés en RDC, forçant
leurs occupants soit à retourner au Rwanda, soit à
s'enfoncer davantage à l'intérieur du Congo. Ces
opérations des massacres généralisés
connues de la Communauté Internationale ont été
injustement imputées au mouvement révolutionnaire
de M'Zee Kabila, et l'ont mis en porte à faux avec cette
Communauté Internationale alors qu'il était de notoriété
publique que le peuple congolais n'avait aucun compte à
régler avec la population rwandaise qu'il avait accueillie
et hébergée deux ans durant.
Excellences Messieurs les Présidents et Chers Collègues
;
Dans le cadre de la collaboration entre les forces progressistes
congolaises et les éléments de l'Armée Rwandaise
; ces derniers ont commencé à se comporter en conquistadors
dans notre pays. Ils ont voulu nous imposer leurs choix politiques
et économiques et interférer dans notre diplomatie,
comme si le fait de nous avoir apporté un soutien lors
de la Guerre de Libération leur donnait le droit de mettre
notre pays sous leur tutelle. Ils ont même osé nous
dire ce qu'il fallait faire et comment il fallait le faire. Tout
en oubliant que la plupart des mouvements de libération
de notre sous-région inclus le Rwanda et l'Ouganda avaient
bénéficié mutuellement de l'appui des pays
frères dans leur combat contre la dictature, mais qu'après
la victoire ces pays frères ne s'étaient pas prévalus
de cette aide pour prétendre les inféoder.
Notre reconnaissance est, certes, grande envers les frères
qui nous ont aidé à renverser la terrible dictature
mobutiste, et nous pouvions envisager toutes les formes pour l'exprimer;
sauf aliéner notre souveraineté nationale ou brader
les intérêts fondamentaux de nos populations.
Les événements subséquents ont, en effet,
démontré que le Rwanda, l'Ouganda et le Burundi
avaient élaboré au détriment et à
l'encontre des intérêts de la RDC, des plans de domination
politique et d'exploitation économique qu'ils croyaient
pouvoir réaliser sans grande difficulté.
Le Gouvernement de Salut Public et notre peuple s'y sont opposés.
Nous nous opposerons toujours de toutes nos forces à toute
tentative, d'où qu'elle vienne, qui aurait pour ambition
d'aliéner la souveraineté
nationale, l'intégrité territoriale et l'indépendance
de notre pays.
Excellences, Messieurs les Présidents et Chers Collègues
Au mois de juillet 1998, le Gouvernement congolais a décidé
souverainement de mettre fin à la mission d'assistance
technique militaire rwandaise en remerciant vivement les alliés
pour les services rendus à la nation congolaise.
En réaction à cette décision d'Etat, le Rwanda,
l'Ouganda et le Burundi ont pris la grave décision de déclencher
la guerre d'occupation contre mon pays. En effet, à la
fin du mois de juillet 1998, ils ont échoué dans
leur complot visant à assassiner le Président Laurent-Dés
ire KABILA.
Le 2 août, les unités rwandaises regroupées
dans la ville de Kinshasa en attente d'être rapatriées
au Rwanda ont tenté, sans succès, un coup de force
en vue de renverser le pouvoir en place au profit de quelques
comparses congolais. Leur coup d'Etat a été étouffé
dans l'oeuf par la réaction rapide des ForcesArmées
Congolaises qui ont repris en une nuit les deux principaux camps
militaires de la capitale que les insurgés avaient occupés
dans la soirée du 2 au 3 août 1998.
Le 6 août 1998, les forces spéciales mixtes rwando-ougandaises
ont organisé une opération commando à partir
de Goma pour occuper la base militaire congolaise de Kitona située
à plus de 2 000 Km de la frontière rwandaise. De
là, ils ont occupé la Province du Bas-Congo et tenté
de marcher sur la ville de Kinshasa avec l'intention ferme d'y
renverser le pouvoir établi. C'est pendant cette progression,
et en vue de donner à leur
entreprise un contenu congolais, qu'ils ont engendré le
groupe rebelle appelé 'Rassemblement Congolais pour la
Démocratie' en sigle RCD, le 12 août 1998 soit 10
jours après le début de l'agression.
Quant au ' Mouvement de Libération du Congo ' en sigle
MLC, sa création n'interviendra qu'au mois d'octobre 1998.
Pendant ce temps, notre organisation la SADC, dépêchera
une mission au Congo et spécialement dans l'Est du pays
qui prit le temps nécessaire pour vérifier qu'il
y avait effectivement agression de la République Démocratique
du Congo par le Rwanda, l'Ouganda et le Burundi. A l'issue de
la mission, elle décidera alors de façon souveraine
lors de sa réunion du 8 août 1998, à Victoria
Falls, et ce, conformément à sa charte, d'assister
mon pays. C'est dans ce cadre que l'Angola, le Zimbabwe et la
Namibie apporteront leur précieuse assistance.
L'intervention de cette dernière équipe sur Kinshasa
sonnera la débâcle des agresseurs à l'Ouest
de la République Démocratique du Congo et les poussera
à mener une guerre d'usure avec l'intention bien arrêtée
de casser l'économie de la RDC et de susciter le soulèvement
de la population. C'est ici l'occasion, encore une fois, de pouvoir
réitérer mes remerciements ainsi que ceux du peuple
congolais à ces pays frères et à l'ensemble
de la Communauté de Développement de l'Afrique Australe
pour cette aidequi nous a permis d'arrêter le complot et
de résister efficacement contre l'agression initiée
par le Rwanda, l'Ouganda et le Burundi. Vous aurez compris Excellences
Messieurs les Présidents, qu'il s'agissait, de toute évidence,
d'une guerre d'agression pure et simple. Mais dans le contexte
international de l'époque, franchement hostile à
la RDC, la Communauté Internationale a feint de ne pas
reconnaître la réalité en face et a accrédité
la thèse d'une rébellion interne, purement congolaise,
à laquelle le Gouvernement congolais était astreint
à trouver une solution politique. C'est donc grâce
à la SADC que, la Communauté Internationale a
dû réviser son approche de la crise en RDC en reconnaissant
qu'à côté d'une certaine pseudo rébellion
interne, il y avait trois Etats dont les armées se retrouvaient
sur le territoire de la République Démocratique
du Congo et que cela constituait bien un problème de droit
international.
Excellences Messieurs les Présidents et Chers Collègues
;
C'est dans ce contexte qu'a été conçu l'Accord
de Lusaka avec ses deux volets à savoir, le volet interne
et politique d'une part ; devant mener au Dialogue National, et
le volet externe et militaire d'autre part, dont la finalité
était le retrait des forces d'agression et le désarmement
des groupes armés.
C'est ici pour moi l'occasion de rendre hommage à l'ancien
Président zambien, Frédéric Chiluba pour
son engagement dans la médiation qui a abouti à
la signature de l'Accord de Lusaka.
Excellences Messieurs les Présidents et Chers Collègues
;
Cet Accord présentait, cependant, une double difficulté
quant à son application concrète. En effet, d'une
part, il était fondé sur la conception que la RDC
était en proie à une guerre civile alors que, de
toute évidence, mon pays était plutôt victime
d'une agression pilotée de l'étranger et à
laquelle aucune fraction de la population civile congolaise n'avait
adhéré. D'autre part, l'Accord de Lusaka cherchait
à résoudre les prétextes de sécurité
que les Rwandais et les Ougandais présentaient à
la face du monde pour justifier non seulement leur agression mais
aussi pour éluder les motivations profondes d'hégémonie
politique et d'exploitation économique.
Il a fallu attendre le malheureux événement du mois
d'août 2000 à Kisangani où les armées
rwandaise et ougandaise se sont affrontées pour le leadership
politique et le contrôle des richesses minières de
la Province Orientale, pour que la Communauté Internationale
accepte que la RDC était bel et bien victime d'une guerre
de convoitise et de conquête.
Cette évidence a d'ailleurs été confirmée
de façon irréfutable ultérieurement par les
Nations Unies à travers ses différentes résolutions
notamment celles exigeant la démilitarisation de la ville
de Kisangani. Ceci
est d'autant plus vrai que le Panel des Nations Unies sur l'exploitation
illégale des ressources de la RDC a démontré
non seulement qu'il y avait un lien étroit entre la poursuite
de la guerre en RDC et le pillage ainsi que l'exploitation illégale
des ressources naturelles et autres richesses du pays par les
agresseurs.
Malgré 4a confusion délibérément créée
autour de là-nature de la guerre qui affecte mon pays et
l'attitude inexplicable de la Communauté Internationale
qui a engendré l'Accord de Lusaka, mon Gouvernement estime
que ce dernier a le mérite d'avoir permis l'instauration
d'un cessez-le-feu sur le terrain depuis près Région
en général et en RDC en particulier.
Excellences Messieurs les Présidents et Chers Collègues
Depuis mon avènement à la Magistrature Suprême
de mon pays, je n'ai ménagé aucun effort pour relancer
cet accord dans ses deux volets, militaire et politique. Concernant
le volet du retrait ordonné des forces étrangères
et le désarmement des groupes armés, il convient
de relever que nos alliés se sont scrupuleusement conformés
aux prescrits de l'Accord de Lusaka. C'est le cas de la Namibie
qui a déjà retiré toutes ses forces. Nous
avons également, dans le cadre de l'opération DDRRR,
procédé à l'identification, au
regroupement et au désarmement des éléments
armés rwandais qui se trouvaient dans la partie sous contrôle
gouvernemental. Ces éléments sont aujourd'hui cantonnés
à la Base Militaire de Kamina au Katanga à la disposition
de la MONUC en attendant leur rapatriement volontaire au Rwanda.
Nous nous sommes aussi complètement désengagés
de la ligne de front, laissant à la Monuc le soin de vérifier
l'effectivité de ce retrait. Malheureusement, l'autre partie
au conflit constituée des pays agresseurs et des mouvements
rebelles ne montre ni le même souci ni le même empressement
pour se conformer aux prescrits de l'Accord de Lusaka qui doit
aboutir sur la réunification totale de la Nation.
En effet, le MLC a tergiversé plusieurs mois durant, avant
de se décider à quitter les positions qu'il occupait
à l'Equateur sur la ligne de front, alors que le RCD et
le Rwanda continuent à occuper le centre de Pweto et
refuse de procéder à la démilitarisation
de la ville de Kisangani, malgré le rappel répété
du Conseil de Sécurité de l'ONU.
Bien plus, le Rwanda, allié du RCD, n'envisage pas retirer
ses troupes de la RDC et s'emploie à en renforcer sa présence.
Certaines de ses unités sont déployées dans
la Province Orientale principalement la ville d'Isiro où
elles viennent d'occuper les positions que l'Ouganda venait d'évacuer.
Il y favorise de nouveaux affrontements entre fractions rebelles
qu'il contrôle afin de pérenniser l'image d'une contrée
troublée dans lamelle la présence de ses forces
apparaîtrait comme un élément de
stabilisation locale.
C'est dans cette approche logique que s'inscrit la reprise en
force des activités militaires rwandaises à l'Est
du pays où les forces de résistance populaire Maï-
Maï ont dû répliquer à des attaques massives
et répétées des éléments Rwandais
et de leurs alliés du RCD.
Excellences Messieurs les Présidents et Chers Collègues,
Pour justifier la poursuite de ces opérations qui contrarient
fondamentalement l'exécution de l'Accord de Lusaka, le
Rwanda fonde son accusation sur la présence supposée
de ce qu'il appelle les ' forces
négatives ' dans lesquelles il place indistinctement les
groupes armés rwandais et les résistants Congolais
'Maï-Maï'.
Il convient de relever que ce n'est pas la résistance des
populations de l'Est qui a provoqué l'occupation rwandaise,
mais c'est plutôt le refus de cette occupation qui a forcé
la population à rechercher tous les
moyens pour combattre l'envahisseur. Il serait donc erroné
et injuste de croire que la résistance populaire pourrait
s'arrêter sous prétexte de faciliter la levée
de l'occupation. C'est plutôt le retrait des forces
d'occupation qui entraînerait automatiquement la fin de
la résistance et le succès du désarmement
des groupes rwandais et autres selon l'esprit de l'Accord de Lusaka.
Il est également important de constater que l'armée
rwandaise et ses alliés du RCD n'ont pas les moyens de
mettre fin à la présence des groupes armés
rwandais et autres à l'Est de la RDC. En effet, depuis
le mois
d'octobre 1996 jusqu'en août 1998, c'est-à-dire la
période avant la guerre d'agression, l'Armée Patriotique
Rwandaise a traqué les Hutu à travers la République
Démocratique du Congo.
En outre, depuis le mois d'août 1998, le RCD, mouvement
rebelle créé par le Rwanda, administre les provinces
du Maniema, du Nord et du Sud Kivu où sont censés
opérer les groupes armés hutu. Et trois ans après,
force est de constater que le Rwanda et le RCD ne sont pas parvenus
à mettre fin aux activités de ces derniers.
Par quelle magie le Rwanda et le RCD parviendront-ils aujourd'hui,
à réaliser ce qu'ils n'ont pas accompli depuis 4
ans? En fait, souscrire au schéma rwandais est une façon
de faire perdurer la guerre et pérenniser
l'occupation de la République Démocratique du Congo
par ses voisins.
Excellences Messieurs les Présidents et Chers Collègues,
Cette guerre d'agression nous a déjà coûté
plus de 3.000,000 de morts et a occasionné, 2.500,000 déplacés
de guerre et plus de 340.000 Congolais réfugiés
dans les pays voisins ainsi que plusieurs milliards de dollar
du fait de la détérioration du tissu économique,
du pillage et de l'exploitation illégale de ses ressources
naturelles et minières par les Etats agresseurs.
Tout en exhortant la SADC à fustiger le comportement du
Rwanda devenu un obstacle majeur au processus de paix, je voudrais
saluer et encourager l'initiative de l'Ouganda qui a commencé
le retrait de ses troupes de la République Démocratique
du Congo. Dans le même esprit de la recherche de la paix
; mon Gouvernement a initié des échanges diplomatiques
envers le Burundi en vue de résoudre les différends
entre nos deux pays.
Excellences Messieurs les Présidents et Chers Collègues,
En ce qui concerne le volet interne et politique de l'Accord de
cessez-le-feu de Lusaka, le Dialogue National a pour objet de
réconcilier les Congolais en vue de l'instauration d'un
ordre politique nouveau devant garantir la bonne gouvernance et
faciliter la reconstruction nationale.
C'est par conviction que j'ai décidé de m'impliquer
dans le Dialogue National «en vue d'en relancer le processus
et d'en faciliter l'aboutissement. En effet, outre la reprise
de contact avec le facilitateur Sir KETUM1LE MASIRE, mon Gouvernement
a procédé à l'ouverture politique qui a permis
à toutes les tendances politiques de s'exprimer et d'agir
librement. Nous avons également libéralisé
les médias publics auxquels toutes les formations politiques
ont facilitateur, soit pour contribuer matériellement à
l'organisation du Dialogue, soit pour rencontrer d'autres frères
congolais en vue de baliser la voie qui doit nous mener au succès
du dialogue. A l'étape d'Addis-Abeba, une certaine opinion
a voulu accréditer la thèse selon laquelle le Gouvernement
appliquait une stratégie de blocage du processus du Dialogue.
Il n'en est rien. Je voudrais rappeler ici que le Dialogue National
a pour ambition de régler le problème crucial de
la légitimité qui se pose en RDC depuis l'assassinat
du Premier ministre élu Patrice Emery Lumumba. Il suppose
donc des concertations sérieuses et approfondies entre
toutes les forces sociales et politiques représentatives
de notre pays. C'est ce qui a été convenu à
Gaborone où le principe de l'inclusivité de toutes
les catégories de la population au Dialogue National a
été retenu.
Mon Gouvernement a simplement rappelé aux délégués
congolais présents à Addis-Abeba que» l'on
ne pouvait pas revenir sur ce principe quelques semaines après
la première difficulté. Mais, que l'apprentissage
de la démocratie et la marche vers un Etat de droit commandaient
de respecter nos engagements et de nous en tenir aux règles
auxquelles nous avions librement souscrit.
Il est heureux de constater que tous ceux qui nous avaient critiqués
à cette occasion, se sont ralliés à notre
point de vue en reconnaissant son bien-fondé. Nous sommes
également heureux de pouvoir vous
annoncer que la plupart des obstacles majeurs qui jonchaient le
chemin du Dialogue National ont été levés
et que l'on peut envisager la tenue d'un Dialogue serein et constructif
en Afrique du Sud, dans un délai raisonnable dès
que le facilitateur Sir Ketumile Masire aura réuni tous
les moyens financiers et terminé le problème de
la représentativité.
Et c'est ici pour nous l'occasion de remercier le Président
Thabo Mbeki et le Peuple sud-africain pour avoir bien voulu accepter
d'abriter les assises du Dialogue National visant la réconciliation
et la concorde nationale.
Excellences Messieurs les Présidents et Chers Collègues,
En ce qui concerne les grandes questions qui seront débattues
au Dialogue, le Gouvernement estime que le point le plus important
qui reste à résoudre est celui de la légitimité
du pouvoir en République Démocratique du Congo.
Les» uns veulent prendre le pouvoir par la force et la subversion;
les autres par les conciliabules. Quant au Gouvernement, la seule
façon et la meilleur d'accéder au pouvoir ; c'est
celle qui déboucherait sur l'organisation des élections
par une commission électorale indépendante, transparente
et libre dans un délai correspondant à un calendrier
électoral ad hoc. Ce schéma aurait toutes les chances
d'être adopté si tous les participants sont réellement
préoccupés par la consolidation rapide de la démocratie
dans notre pays. Ce n'est malheureusement pas le cas. En effet,
ici, comme en ce qui concerne les causes de la guerre, les vrais
mobiles sont oblitérés par des prétextes
avancés pour la consommation de l'opinion nationale et
internationale. Et la préoccupation principale telle qu'elle
ressort déjà à travers la prise de position
des acteurs politiques, semble avant tout être le partage
du pouvoir.
Mon Gouvernement estime cependant, qu'en aucune façon,
on ne devrait perdre de vue que le point de départ du nouvel
ordre politique et donc le point focal de la restauration de la
légitimité populaire en faveur des dirigeants reste
les élections. Tout doit donc être mis en oeuvre
pour offrir au peuple congolais des élections crédibles
organisées de manière consensuelle.
C'est pourquoi, il est important et même obligatoire que
les forces d'occupation se retirent de la RDC avant la fin du
Dialogue National. Le Dialogue réglera les problèmes
politiques qui opposent les Congolais, mais
pas la question de la guerre. Il ne ramènera donc pas la
paix à laquelle aspire notre peuple de tous ses voeux.
Par ailleurs, il sera impossible d'appliquer les résolutions
issues du Dialogue National aussi longtemps qu'une partie du territoire
national sera occupée par les forces d'agression. L'aboutissement
heureux du Dialogue et la bonne exécution de ses résolutions
nécessitent donc que ces forces aient entre-temps quitté
la RDC.
Excellences Messieurs les Présidents et Chers Collègues,
Tout le long de mon allocution, j'ai parlé de la genèse
du conflit qui entretient inutilement la misère dans mon
pays, j'ai aussi indiqué les voies démocratiques
de mettre fin à ces conflits dans l'intérêt
de toute la
sous-région.
Pour terminer, je lance donc un vibrant appel à la Communauté
de Développement de l'Afrique Australe (SADC) afin que
celle-ci pèse de tout son poids pour obtenir que le Rwanda,
l'Ouganda et le Burundi retirent leurs forces de la République
Démocratique du Congo.
Je sollicite également l'appui de la SADC pour que les
élections qui aboutiront à la normalisation de la
vie politique dans mon pays soient soutenues.
La RDC entend jouer son rôle dans l'intégration économique
de la SADC avec son potentiel humain et ses immenses richesses
et ressources naturelles. Cette contribution n'est possible que
si le pays retrouve la paix et se dote des institutions démocratiques
stables.
Je formule les voeux de voir l'An 2002 devenir un havre de la
paix pour le peuple de la sous-région.
Je vous remercie