Irak, le nouveau Far West
Les États-Unis éliminent des fils de Saddam et maintiennent
illégalement des centaines d'Irakiens en détention
Les États-Unis ont mené une guerre illégale. Maintenant,
ils occupent illégalement, ce qui s'accompagne d'une foule d'actes
illégaux. Des centaines de civils irakiens sont détenus,
sans inculpation, sans mandat de perquisition, sans aucune forme de procès,
sans droit à la défense. À Bagdad, les gens vivent
dans l'angoisse du coup fatal cogné à leur porte la nuit.
Solidaire
24-07-2003
Recherché, mort (ou vif)
34 des 55 dirigeants irakiens du « jeu de cartes » de Bush
ont été arrêtés ou tués. Et, avec eux,
des centaines de civils et d'ex-militaires irakiens. On ne sait pratiquement
rien de leur sort. En Irak règnent aujourd'hui les lois du Far
West.
Le 22 juillet, les fils de Saddam Hussein, Oudaï et Qoussaï,
on perdu la vie au combat à Mossoul, une ville du Nord de l'Irak.
Leur tête était mise à pris à 15 millions de
dollars chacune (Saddam lui-même vaut 25 millions de dollars). Une
incitation illégale pour les chasseurs de primes et les tueurs
à gages. « Morts ou vifs » ? Non, les fils de Saddam
devaient être finalement éliminés. Après six
heures d'échanges de tirs avec quelques centaines de soldats américains,
on a retrouvé dans la maison en ruines les corps de… quatre
personnes dont un adolescent de quatorze ans. L'armée la plus puissante
du monde ne pouvait-elle vraiment pas les attraper vivants ?
Les États-Unis ont d'abord arrêté des ministres et
des universitaires, comme le savant respecté Houda Salih Mahdi
Ammash, professeur de biologie. Dans le jeu de cartes de Bush, on l'appelle
froidement « scientifique pour les armes de destruction massive
». Le vice-premier ministre Tarek Aziz, mondialement réputé
pour son abord ouvert et jovial, a été mis à l'ombre
le 24 avril.
Jeu de cartes alternatif : « US regime change »
Le jeu de cartes des 55 Irakiens « les plus recherchés »
est en vente aux États-Unis dans les librairies et par Internet
et on peut le voir, entre autres, sur le site web de CBS, sous le titre
du film d'action « The Hunt » (la chasse). Une tentative de
mauvais goût de maintenir la « popularité » de
la guerre.
Des activistes aux États-Unis ont développé un contre-jeu
de cartes, avec les 55 criminels de guerre les plus recherchés,
G. W. Bush en tête. On trouve ce jeu de cartes « US regime
change » (changement de régime aux États-Unis) sur
http://www.gatt.org/regime/
Interview avec l'avocat de Tarek Aziz
Tarek Aziz, le vice-premier ministre irakien, mondialement réputé
pour son abord ouvert et jovial, a été arrêté
le 24 avril. Sa famille a demandé au docteur Abdoul-Haq Al-Ani
d'intervenir comme conseiller juridique. Le plaideur de 57 ans, Britannique
d'origine irakienne, était à Bagdad au début juillet.
« Une ville en chaos complet », dit-il. Nous l'avons interviewé
par e-mail.
L'ONU a officiellement désigné les États-Unis
et la Grande-Bretagne comme « force d'occupation » en Irak.
Est-ce une légalisation de l'occupation ?
Dr Abdoul-Haq Al-Ani. Légalement, le Conseil de
sécurité de l'ONU n'avait pas d'autre choix que de reconnaître
que les États-Unis et la Grande-Bretagne occupent l'Irak. Mais
cela ne rend pas pour autant cette occupation légale. Les Nations
Unies ne peuvent pas aller contre leur propre charte qui n'admet pas les
atteintes à la souveraineté nationale de leurs membres.
Qu'en est-il des institutions politiques en juridiques en Irak
?
Dr Abdoul-Haq Al-Ani. En Irak, il n'est pas question aujourd'hui
de la moindre vie politique. Sur le plan judiciaire, personne ne sait
comment ça se passe. Les troupes anglo-américaines imposent
la loi et l'ordre selon leurs propres procédures qui ne sont pas
soumises aux lois locales. Ces pratiques sont une infraction au droit
international qui prescrit la protection des droits de la population sous
occupation.
Il y a-t-il une base légale à l'arrestation des
55 dirigeants irakiens du fameux jeu de cartes ?
Dr Abdoul-Haq Al-Ani. Non. Les seules personnes qui peuvent être
arrêtées sans inculpation formelle en situation de guerre
ou d'occupation sont les soldats. Et même eux doivent être
immédiatement amenés devant un tribunal. Aucun des quelque
30 prisonniers n'a reçu la moindre assistance juridique ou n'a
eu de contact avec sa famille. Personne ne sait dans quelles conditions
ils sont détenus.
En savez-vous plus sur l'état de Tarek Aziz ?
Dr Abdoul-Haq Al-Ani. Je ne sais pas comment il a été
arrêté. Tout ce que je sais c'est qu'il est détenu
dans un centre d'internement près de l'aéroport international
de Bagdad. Il n'a toujours pas eu la permission de voir un avocat. Sa
famille m'a désigné comme son conseil, mais les Américains
ne m'ont pas permis de lui rendre visite.
Il n'y a aucune indication qu'il serait formellement inculpé, et
quand, de quoi que ce soit. Les dirigeants militaires américains
m'ont dit qu'il était détenu « pour une durée
indéterminée » et qu'ils décideraient bien
eux-mêmes quand il aurait besoin d'assistance juridique…
Quelles démarches envisagez-vous ?
Dr Abdoul-Haq Al-Ani. Je prépare des procédures
juridiques à Londres contre le gouvernement britannique pour infractions
à la loi sur la Cour pénale internationale. Tout comme avec
l'affaire contre le général américain Franks à
Bruxelles, je suis d'avis qu'il faut poursuivre les criminels où
et quand il y a la moindre possibilité de le faire.
Lien intéressant : www.occupationwatch.org
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