mardi, 4 avril 2006, 13h50


Les peurs et les rêves des enfants palestiniens

Mohamed rêve de nager dans la Méditerranée, à 30 kilomètres de chez lui. Adil a vu partir son grand frère, qui n'est jamais revenu. Des enfants des camps de réfugiés se confient à notre correspondant en Palestine.

Solidaire, Julien Versteegh, depuis la Palestine
05-04-2006

En 1950, le camp de Jalazone comptait 3000 habitants. Aujourd'hui, ils sont 13000. (Photo Solidaire, Julien Versteegh)

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«La vie ici est très difficile, nous explique Nadia, 12 ans, dans le camp de Kalandia (Ramallah). La plupart des gens vivent à beaucoup dans de petites maisons et nous sommes beaucoup d'habitants dans un espace très réduit.» Et Mahmoud, 16 ans, de s'exclamer: «Il n'y a pas d'endroit pour jouer. On reste à la maison ou on va dans le camp. On ne va nulle part d'autre. Les rues sont très petites, bruyantes, les maisons sont l'une sur l'autre et certaines familles vivent à dix dans deux pièces.»

La population du camp de Jalazone est originaire de 36 villages situés au centre de l'actuel Israël. Comme les habitants des autres camps, ils ont été chassés de leurs foyers en 1948 ou 1967. En 1950, le camp comptait 3000 habitants, aujourd'hui ils sont 13000! Il ne dispose d'aucune infrastructure pour l'évacuation des eaux usées, à l'origine de nombreuses maladies chez les enfants.

35% des habitants ont moins de 18 ans. Les deux écoles de l'UNRWA, l'agence de l'Onu s'occupant des réfugiés, sont surpeuplées: en moyenne 50 élèves par classe. 70% des habitants en âge de travailler sont sans emploi.

Arij Herish, 16 ans, camp de Nurshams à Tulkarem: «Il y a trois mois, les soldats ont fait sauter la porte, nous ont obligés de quitter la maison et à rester des heures sous la pluie. Chaque nuit, les soldats occupent le camp. Des gens sont tués parce qu'ils défendent leur maison et leur terre. Les troupes israéliennes occupent nos maisons, nous interdisent de porter secours aux blessés, bloquent les ambulances. En Europe, le soir, les enfants écoutent la radio ou de la musique. Nous, ici, on écoute les détonations des tirs.»

L'armée israélienne effectue de nombreuses incursions dans les camps, causant une insécurité permanente. Adil Wahdan, une fille de 11 ans du camp Kalandia (Ramallah): «Quand les soldats viennent dans le camp, j'ai très peur et en même temps je suis en colère. Quand mon grand frère est parti de la maison pour aller travailler, il n'est jamais revenu. Il n'avait que 19 ans et les soldats l'ont tué.»

Depuis le début de la seconde Intifada (soulèvement palestinien contre l'occupation israélienne, lancé le 29 septembre 2000), 791 enfants (moins de 18 ans) ont été tués, dont 586 étaient encore à l'école primaire. 28.822 ont été blessés et plus de 4.000 emprisonnés. 321 sont toujours en prison.1 Comme si les forces d'occupation voulaient toucher le peuple dans ce qu'il a de plus cher: ses enfants.

Arij voudrait visiter Jérusalem, ainsi qu'Adil. Nadia voudrait voyager, voir la mer. Et Mohamed voudrait nager dans la mer Méditerranée, à 30 kilomètres de là. De petits rêves, rendues impossibles par l'occupation. Rima Mohamed Saran, 14 ans, Balata (Naplouse) veut « vivre dans un pays libre, arrêter la tuerie».

Leurs plans d'avenir sont également affectés et influencés. Adil aimerait être médecin: «Comme ça, si les Israéliens blessent des gens, je pourrais les soigner.» Mohamed voudrait « devenir avocat pour défendre les prisonniers». Mais pour Mahmoud, «ici, à 16 ans, on ne peut pas se permettre d'avoir des plans d'avenir, car on ne sait jamais ce dont demain sera fait. Ici nous n'avons que les couvre-feux.»

Tous souhaitent que les Européens leur viennent en aide, pour se battre ensemble contre l'occupation: «J'espère que nous pourrons lutter ensemble contre l'occupation», confie Adil. Et Mahmoud de conclure: «J'aimerais que les jeunes Belges nous soutiennent, qu'ils arrêtent d'écouter les mensonges des Israéliens. A chaque mort, nous devenons plus fort et n'arrêterons jamais notre lutte.»

Tous rêvent de retourner dans le village d'où ont été expulsés leurs grands-parents.

1 Rapport publié par le Centre national palestinien des statistiques du 29 janvier 2006, mentionné par Al-Jazeera du 30 janvier 2006.