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Lumumba s'est débarrassé des idées de soumission
Comme tous les jeunes de sa génération, Lumumba a
été éduqué dans le pacifisme et la soumission.
Le génie de Lumumba s'est exprimé dans son amour des
masses opprimées, dans sa soif de justice pour les pauvres
et dans sa profonde honnêteté. Ces qualités
lui ont permis de se débarrasser de toutes les fausses idées,
inculquées par l'éducation coloniale. Lumumba a critiqué
radicalement ses propres conceptions, pour devenir, pas à
pas, dans le feu de la lutte, un véritable nationaliste et
révolutionnaire. Il est un exemple pour la jeunesse congolaise
d'aujourd'hui.
Oser penser, oser lutter
A propos de l'indépendance, Lumumba disait encore ceci en
1956 : "Certains Blancs, très peu recommandables, qui
abusent de la crédulité des Noirs encore peu cultivés,
instiguent ceux-ci à réclamer immédiatement
l'indépendance. Ils vont jusqu'à insinuer que l'autonomie
ne pourra être obtenue sans effusion de sang, que tous les
pays occidentaux ont dû, pour obtenir leur indépendance,
se battre, et que les Congolais devraient faire de même s'ils
veulent se libérer des Belges. Triste mentalité! Nous
devons rejeter ces idées d'où qu'elles viennent. Le
Congo obtiendra son autonomie dans la dignité et non dans
la barbarie. Ce serait commettre un acte de la plus grande barbarie,
du banditisme que de sacrifier des vies humaines, nos membres de
famille qui nous sont chers, pour la soif de l'indépendance."
(Le Congo, terre d'avenir, est-il menacé?, Patrice Lumumba,
pp.162-163)
Trois ans suffiront pour que la conception du monde de Lumumba soit
profondément bouleversée. Il perce le caractère
mensonger, hypocrite et intéressé de la propagande
coloniale. En décembre 1958, Lumumba exprime à Accra
sa solidarité avec la lutte armée en Algérie,
au Cameroun, au Kenya, en Afrique du Sud, en Rhodésie, en
Angola et au Mozambique.
Deux semaines après son retour d'Accra, a lieu l'insurrection
du 4 janvier 1959 à Kinshasa. Trois cents Congolais sont
tués par l'armée. Lumumba prend résolument
la défense des pauvres qui ont osé se soulever contre
le colonisateur.
Lors du congrès du MNC-L à Kisangani, le 28 octobre
1959, la gendarmerie attaque les nationalistes et tue 20 personnes.
Ces jours-là, Lumumba apprend au peuple à ne pas avoir
peur devant les fusils de l'ennemi.
"Marchez, n'ayez pas peur! Nous vous demandons si nous mourons
demain de garder nos enfants convenablement. Nous allons mourir
pour vous et nous ne le craignons pas. Les Belges sont venus avec
leurs gros engins, avec des soldats armés de fusils pour
nous tuer si nous disons que nous voulons obtenir notre indépendance.
" " Eux, ils ont des fusils, nous, nous avons nos mains.
Je vous le demande à vous: est-ce que vous avez peur? Nos
mains suffiront!"
(La pensée politique de Lumumba, pp.108-111)
Une guerre populaire contre l'occupation belge
Quand, les jours qui suivent l'indépendance, il se voit confronté
à la triple agression de l'armée belge, des gendarmes
et mercenaires de Tshombé et des troupes de l'ONU, Lumumba
s'engage sans hésitation dans la voie de la lutte armée
patriotique.
Lumumba s'appuie principalement sur le peuple pour combattre les
agresseurs et leurs laquais, Tshombé et Kalonji. Le 20 juillet
1960, il lance un appel à la radio: "Nous préférons
mourir pour notre liberté plutôt que de vivre encore
dans l'esclavage. Toutes les forces vives de ce pays sont mobilisées
pour sauver l'honneur de la patrie et défendre courageusement
son indépendance."
(La pensée politique de Lumumba, pp.252)
Lumumba soutient fermement la véritable guerre populaire
que les paysans et les ouvriers livrent dans le Nord-Katanga contre
les troupes belges et les gendarmes thsombistes. Le jeune Laurent
Kabila parcourt la région, de village en village. Il est
déjà un dirigeant reconnu et populaire de la résistance
patriotique armée.
Un responsable de la Gécamines déclare: "Les
3.000 travailleurs obéissent tous aux mots d'ordre du Balubakat.
Tout le pays est Balubakat et les gens d'ici n'ont qu'un Dieu, Lumumba."
(Katanga, enjeu du monde entier, P. Davister, Bruxelles, 1960, p.160)
Un sympathisant belge de Tshombé témoigne de l'ampleur
des combats: "En décembre 1960, on évaluait à
7.000 environ le nombre des rebelles tués depuis le début
des opérations de représailles de l'armée katangaise
dans le Nord-Katanga. Normalement, il faut multiplier ce chiffre
par 2, par 3, par 10. Des villages entiers ont été
rasés et les armes automatiques ont fauché littéralement
des rangs entiers de jeunesse." (ibidem, p.161)
S'appuyer sur les éléments patriotiques de
l'armée
Pour lutter contre l'agression, Lumumba mobilise aussi les éléments
nationalistes de l'ANC. Il concentre ses meilleures troupes en vue
d'une opération contre les sécessionnistes du Katanga
et du Sud-Kasaï.
Sur ordre des Américains, Mobutu arrête l'offensive
victorieuse. Son homme de confiance, Francis Monheim, reconnaît:
"Le colonel Mobutu donne ordre à ses troupes de revenir
à Kinshasa. Lumumba convoque son chef d'état-major.
'Je suis ministre de la Défense nationale', dit-il à
Mobutu, 'et je ne suis au courant de rien. Vous, vous n'êtes
qu'un simple colonel et vous ordonnez le cessez-le-feu sans même
consulter votre commandant en chef, le général Lundula'."
(Mobutu, l'homme seul, F. Monheim, Bruxelles, 1974, p.115)
Guerre révolutionnaire pour libérer le Katanga
et le Kasaï
Le 5 septembre, Kasavubu fait un coup d'Etat et dissout le gouvernement
Lumumba. Il exige que les soldats de l'ANC déposent les armes.
Lumumba dénonce cette trahison.
"Monsieur Kasavubu accuse le Gouvernement de jeter le pays
dans une guerre civile atroce, alors que le Gouvernement ne fait
que défendre le pays contre l'agression brutale, déclenchée
à l'égard de la République par les troupes
belges. Kasavubu a demandé à l'armée nationale
de cesser les luttes fratricides. Le peuple tout entier sait que
les soldats congolais, voulant défendre la Patrie, n'ont
fait que sauvegarder l'intégrité du territoire national.
Les troupes de l'Armée Nationale ne se sont livrées
à aucune lutte fratricide. Le Gouvernement et le peuple congolais
leur rendent hommage pour le patriotisme et l'héroïsme
avec lesquels elles ont défendu la Nation contre l'agression
et contre les mouvement de sédition colportées à
travers le pays par les impérialistes belges et leurs alliés.
Monsieur Kasavubu demande à l'armée nationale de déposer
les armes. Le Gouvernement voit dans cette déclaration l'intention
de Monsieur Kasavubu de faire occuper militairement le Congo par
des troupes étrangères. Il veut interdire ainsi aux
troupes de l'Armée Nationale d'entrer au Katanga dans le
but de libérer leurs frères opprimés et asservis
par les Belges et leur homme de paille, Tshombé."
"Pour Kasavubu, le fait de vouloir intégrer le Katanga
pour libérer nos frères, est une guerre atroce, parce
qu'il a déjà des contacts avec Tshombé. La
victoire du Gouvernement central au Katanga est une victoire sur
l'impérialisme. L'Abako s'est arrangée pour dépêcher
des émissaires au Katanga. Elle a constitué une délégation
composée des membres de l'Abako, du Puna et du M.N.C.-Kalonji.
La complicité de l'Abako est manifeste dans l'affaire Katanga."
La pensée politique de Lumumba, pp.332; Annales de la Chambre
du Congo, 1960, 7 septembre, p.20)
Vers Kisangani pour diriger la guerre de liberation
Le 27 novembre, Lumumba quitte sa résidence pour rejoindre
Kisangani et y prendre la tête des troupes loyalistes. Il
pense que l'armée nationaliste peut prendre Kinshasa à
partir de Kenge et Bolobo.
Lors de son passage à Mangaï, le 30 novembre, tous les
hommes accourent, les armes à la main. Lumumba improvise
un discours: "Frères, vos armes sont inutiles maintenant,
mais prenez-en soin. Il faudra combattre pour la liberté.
Les colonialistes ne veulent pas nous la donner pacifiquement, nous
la conquerrons, les armes à la main."
(Patrice Lumumba et la liberté africaine, L. Volodine, Moscou,
s.d., p.114)
L'arrivée de Lumumba à Kisangani sera le détonateur
d'une guerre révolutionnaire pour libérer le Congo
de toute occupation étrangère. Le commandant des troupes
de l'ONU, Karl von Horn, note: "A parler franchement tout le
pays aurait pu être mis à feu et à sang, si
Lumumba était parvenu à Kisangani."
Le 1er décembre, les soldats de Mobutu rattrapent Lumumba
et le livrent ensuite à Tshombé.
Sachant qu'il va mourir, Lumumba lance dans sa dernière lettre
un ultime appel pour la lutte armée de libération:
"Je sais et je sens au fond de moi-même que tôt
ou tard mon peuple se débarrassera de tous les ennemis intérieurs
et extérieurs, qu'il se lèvera comme un seul homme
pour dire non au colonialisme dégradant et honteux et pour
reprendre sa dignité sous un soleil pur."
C'est à la suite de cet appel que, trois ans plus tard, dans
les premières semaines de 1964, le peuple congolais s'est
levé comme un seul homme pour le combat sous la direction
de Pierre Mulele et du Conseil National de Libération.
(La pensée politique de Lumumba, p. 390)
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