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Défendre
l'indépendance contre l'agression belge et américaine
En tant que dirigeant du premier gouvernement du Congo libre, Lumumba
proclame fièrement l'indépendance du Congo, le 30
juin 1960! Mais voulant réaliser l'union nationale autour
de son gouvernement nationaliste, Lumumba demande à ses députés
d'offrir le poste de président à Kasavubu, son principal
adversaire. Ensuite, Lumumba accepte des ministres qui lui sont
hostiles, comme Bomboko et Delvaux.
L'avenir lui montrera qu'il est dangereux de faire des alliances
trop larges quand on ne dispose pas d'une base assez solide.
Le cinquième jour de l'indépendance, le 5 juillet,
la Belgique provoque des troubles au sein de la Force publique.
Ce jour-là, à 8h00, le lieutenant-général
Janssens, qui commande toujours l'armée, écrit sur
un tableau au quartier général: « Avant indépendance
= après indépendance ». Ensuite, il se permet
d'envoyer une lettre à Lumumba, Premier ministre d'un pays
souverain, pour lui donner « un dernier et solennel avertissement
». Et il dénonce « la déclaration faite
le 30 juin 1960 (qui) a étonné le cadre et la troupe
». (1)
En fait, Janssens provoque les soldats de l'Armée nationale
congolaise afin d'obtenir un prétexte pour une intervention
militaire. La bourgeoisie belge la prépare depuis plusieurs
mois.
Le 8 juillet, des troupes belges partent de Bruxelles pour occuper
Kitona et Kamina.
Le 10 juillet, elles interviennent à Lubumbashi où
elles désarment les soldats nationalistes. Bomboko et Delvaux,
deux ministres du gouvernement Lumumba qui sont parmi les principaux
agents du colonisateur, font appel aux forces belges pour maintenir
l'ordre.
Tshombé et le front anti-nationaliste
Le 11 juillet, Tshombé, sur instruction de l'Union Minière,
proclame l'indépendance du Katanga et fait appel aux troupes
belges. Le même jour, Lumumba demande l'aide de l'ONU pour
mettre fin à l'agression belge.
Le lendemain, l'hystérie anti-Lumumba atteint son comble
en Belgique. La Libre Belgique, journal proche du gouvernement,
écrit: « Plusieurs ministres lumumbistes se sont conduits
comme des sauvages primaires et imbéciles ou comme des créatures
communistes.» (2)
Le 13 juillet, le gouvernement congolais déclare qu'un «
état de guerre existe entre le Congo et la Belgique »
et décide la rupture des relations diplomatiques avec la
Belgique. Le Conseil de sécurité adopte une résolution
sur l'assistance militaire au Congo.
L'agression belge contre le Congo prend les proportions d'une occupation
militaire.
Le ministre belge de la Défense, Gillon, déclare devant
le parlement que l'armée belge est intervenue dans 23 villes
du Congo. « L'ensemble des forces belges engagées au
Congo s'est élevé à près de 10.000 hommes.
» (3)
Le 17 juillet, Lumumba écrit à Ralph Bunche, représentant
du secrétaire-général, pour exiger une intervention
rapide de l'ONU. Son message : « Mettez dehors les troupes
d'agression belges, sinon je serai obligé de faire appel
à l'URSS pour mettre fin à l'agression ».
Le 24 juillet 1960, Tshombé s'oppose à l'envoi de
troupes de l'ONU au Katanga et demande à la Belgique de maintenir
ses forces armées. Il fait appel à Kasavubu et Iléo
pour créer une confédération des Etats du Congo.
Dans le but de briser le gouvernement central nationaliste, tous
les agents du néocolonialisme se mettent d'accord pour réclamer
le « fédéralisme ». C'est une simple tactique
pour détruire les forces patriotiques. Une fois le pouvoir
central révolutionnaire brisé, les « fédéralistes
» deviendront partisans d'un pouvoir central pro-impérialiste
fort. Bientôt Tshombé, Iléo, Kasavubu, Bolikango,
Kalonji soutiendront tous le pouvoir central fasciste de Mobutu.
La mainmise américaine
La Belgique avait l'intention de maintenir un contrôle de
type néo- colonial sur « son » Congo. En occupant
militairement le Katanga, elle se créait une base pour la
reconquête de tout le Congo. Mais la vieille Belgique juge
mal les changements. Les Etats-Unis sont devenus la superpuissance
du monde impérialiste. Ils veulent leur « juste part
» des richesses congolaises.
Bien sûr, les Etats-Unis soutiennent la Belgique dans sa guerre
contre Lumumba. Ainsi, le 30 juillet 1960, le Département
d'Etat américain déclare : «La Belgique avait
le droit d'envoyer des troupes au Congo pour protéger des
vies humaines en danger.» D'ailleurs, dans les mois à
venir, les Etats-Unis enverront trois équipes de tueurs à
Kinshasa pour éliminer Lumumba. Dans une de ces tentatives,
un agent devait s'introduire chez Lumumba, chercher une occasion
pour se rendre dans sa salle de bain et mettre un produit contenant
un virus mortel sur sa brosse à dents ! (4)
La Belgique veut reconquérir militairement le Congo à
partir du Katanga alors que les Etats-Unis s'appuient principalement
sur les réactionnaires de Kinshasa - les Mobutu, Kasavubu
et Adoula - pour obtenir « leur part » du Congo. Les
Etats-Unis utilisent les troupes de l'ONU -appelées par Lumumba
pour chasser les agresseurs belges ! - pour imposer leur domination
à partir de Kinshasa.
L'ONU : « de l'aversion pour Lumumba »
Le Congo est indépendant depuis un mois, et tous les partis
pro-impérialistes s'unissent pour abattre le gouvernement
de Lumumba.
Ainsi, le 7 août, le comité central de l'ABAKO vote
une motion de défiance à l'égard du gouvernement
Lumumba et demande la création d'une Confédération
des Etats du Congo. Le lendemain, la Puna de Bolikango demande l'indépendance
de la province de l'Equateur. Et un jour plus tard, Albert Kalonji
proclame l'indépendance de l'Etat minier du Kasaï !
C'est une alliance de fait entre Kasavubu, Bolikango, Kalinji et
Tshombé contre le gouvernement Lumumba.
L'ONU, c'est-à-dire les Etats-Unis, essaient de réconcilier
toutes ces forces antinationalistes. Le 12 août, Hammarskjöld
arrive à Lubumbashi pour négocier avec Tshombé.
Le 14 août, le général suédois von Horn,
commandant des troupes de l'ONU, arrive à Kinshasa. Officier
réactionnaire à la solde de la CIA, il écrira
six ans plus tard dans ses Mémoires : «Il n'était
pas à dissimuler que nous tous, à commencer par Dag
Hammarskjöld, nous nourrissions une profonde méfiance
et de l'aversion pour Lumumba.» «Personnellement, je
nourrissais une grande considération pour Mobutu. Contrairement
à Lumumba, il me semblait un patriote authentique qui ne
perdait pas son temps à jouer avec des théories communistes.»
(5)
L'Eglise catholique part en guerre
L'Eglise catholique est la principale force dans le combat contre
Lumumba. Le 17 juillet déjà, Malula écrit dans
une lettre épiscopale:
«Quand dans un pays la liberté de presse n'existe
plus, on ne parle plus de démocratie mais de dictature. Or,
la dictature mène à l'esclavagisme.» (6)
Exactement comme ses maîtres belges, Malula défend
la presse coloniale et la « démocratie » coloniale
et il accuse le gouvernement anticolonialiste de pratiquer la dictature
et l'esclavagisme ! Malula fait allusion au journal catholique Courrier
d'Afrique, qui compte Iléo et Bolikango dans son conseil
d'administration. Le 18 juillet, ce journal évoque «
la possibilité de l'implantation du communisme au Congo,
par suite de la politique de Lumumba.» (7) Le syndicat catholique,
la CSC, joue également un grand rôle dans le combat
contre le gouvernement nationaliste. Il écrit que, par la
faute de Lumumba, «le Congo s'engage dans la voie de la misère»
et il rend le gouvernement nationaliste responsable de «la
fermeture des entreprises, l'accroissement du chômage et l'augmentation
des prix.» (8)
Grâce à sa mainmise sur l'enseignement, l'Eglise catholique
peut contrôler l'esprit des Congolais. On comprend donc pourquoi,
le 16 août 1960, Lumumba fait la proposition de nationaliser
l'université de Lovanium. Cinq jours plus tard, dans son
avant-projet de programme gouvernemental, il écrit : «
L'enseignement doit avoir une 'qualité scientifique' et doit
inculquer 'un idéal national '. Le gouvernement veut l'instruction
primaire pour tous et la gratuité de l'enseignement à
tous les échelons.» C'est une déclaration de
guerre au pouvoir idéologique de l'Eglise catholique.
Ensuite, Lumumba attaque la base du pouvoir colonial, le pouvoir
économique: «L'expansion économique du pays
nécessite une industrie importante de transformation . Le
gouvernement prendra comme critère le plus grand avantage
collectif et combinera les apports du secteur privé, les
possibilités du secteur public et de l'effort économique
interne. Sa sollicitude se tournera particulièrement vers
les milieux ruraux.» (9)
1) Congo,60,I,373-374; 2) Heinz et Donnay,p.30;
3) Congo, 1960, II, p.515; 4) Les complots de la CIA, The Church
commission, éd.Stock, 1976, p.140 ; 5) von Horn, Karl : Soldat
de la Paix, éd. Presses de la Cité, Paris, 1966, p.194
et 228; 6) Courrier d'Afrique, 19 juillet 60,p.1; 7) Congo,1960,II,p.685;
8) Congo 1960,II,p.681; 9) 1960,II,580 et 696.
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