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Avancée,
défaite et ses causes
Pendant huit mois, entre début avril et fin novembre 1964,
la révolution muleliste se développe victorieusement.
A Idiofa, Nkara, Kilembe, Gungu et Kikwit, les partisans lancent
des opérations pour chasser l'armée de Mobutu. Ensuite,
ils mènent des offensives d'envergure contre les points d'appui
stratégiques de l'ANC.
En juin 1964, le colonel Eugène Ebeya, chef d'état-major
de l'ANC, est tué dans une embuscade sur la route Kikwit-Gungu.
La plus grande bataille que les mulelistes ont livrée se
déroule le 30 juin à Kimpata Eku. Mulele ordonne à
toutes les équipes d'envoyer des combattants pour cette bataille.
Plusieurs milliers de partisans se réunissent pour ce combat.
Les habitants des villages environnants doivent apporter à
manger aux militaires mobutistes. Les partisans reçoivent
des villageois tous les renseignements nécessaires pour préparer
l'attaque. C'est une importante victoire, l'armée prend la
fuite, plusieurs soldats sont tués.
Le mois suivant, en juillet, une opération du même
genre contre la ville de Kikwit échoue. Les équipes
mobilisées pour cette attaque ne sont pas bien préparées.
Elles s'installent près de la ville pour se reposer et manger
avant l'attaque. Mais le bruit causé par plusieurs centaines
de combattants avertit les militaires. Ceux-ci attaquent et chassent
les partisans.
De décembre 1964 jusqu'en février 1965, les troupes
mobutistes réussissent à s'implanter sérieusement
dans plusieurs points stratégiques de la zone libérée.
Les partisans sont poussés dans la défensive: ils
tendent des embuscades aux groupes de l'ANC. Mais ces soldats se
risquent toujours plus nombreux dans la zone libérée.
Vers la fin du mois de février 1965, les militaires peuvent
entraver le contact régulier entre la Direction de Mulele
et les différentes équipes des partisans.
L'individualisme et le tribalisme, deux ennemis dangereux
de la révolution
Dès le mois de mars 1965, une lutte interne divise et affaiblit
le mouvement. Pierre Damien Kandaka, commandant de la zone du sud,
est un combattant nationaliste courageux. Mais il ne respecte pas
la règle de remettre toutes les armes et autres biens pris
à l'ennemi. En août 1964, des dépôts clandestins
se constituent. Kafungu juge Kandaka et le condamne à quelques
semaines de prison. Kandaka gardera de cette sanction une grande
rancune.
En septembre 1964, dans la bataille de Kikwit, Kandaka se montre
très courageux. Il prend beaucoup de risques et un grand
nombre de ses hommes tombent. Revenu à la Direction, il exige
que Kafungu, qu'il accuse d'avoir mal dirigé le combat, soit
jugé. Excitant les sentiments tribalistes, il déclare
à ses hommes: "Ce sont toujours les Bapende qui se font
tuer au combat. Nous ne reviendrons plus ici à la Direction
où les Bampunda commandent. Nous ferons notre propre révolution."
Les services de guerre psychologique de Mobutu lancent des tracts
à partir d'avions. Ces tracts appellent "les Bapende"
à ne pas se soumettre "aux Bampunda"!
Début décembre 1964, Mulele envoie une expédition
de 120 partisans, commandée par Lievin Mitu, pour arrêter
Kandaka. La nuit, ils sont attaqués par des combattants de
Kandaka et perdent vingt hommes. Cette tuerie marque la rupture
totale.
D'âpres combats se déroulent entre les partisans de
Kandaka et ceux de Mulele. Les masses comprennent que Kandaka les
a trompées et lui disent: "Mulele n'est pas venu avec
une telle révolution." Kandaka écrit alors une
lettre à Mulele pour demander la réconciliation. Mais
peu après, Kandaka tombe lors d'un affrontement. A la mi-juin,
l'attention de la Direction générale est toujours
entièrement concentrée sur la lutte contre les partisans
de Kandaka.
L'attaque décisive de l'armée mobutiste
Le 19 juin, à 16 heures, l'ANC surprend les hommes de Mulele
et prend le camp de la Direction générale situé
devant Kifuza. Une répression brutale règne alors
dans la région. Un témoin raconte: "A Mukedi,
les militaires fauchent avec des mitraillettes les gens qui sortent
de la forêt. Ma petite soeur a vu une rangée de plus
de dix personnes, supposées être des partisans: les
militaires les ont achevées une par une en leur défonçant
le crâne avec des bâtons. Ils ont brûlé
la brousse aux environs de Mukedi et on voyait partout des cadavres
d'hommes et de femmes sommairement abattus par les militaires."
En 1966, Daniel Monguya est le vice-gouverneur de Bandundu. Il déclare:
"Au camp militaire règne le colonel Monzimba, un homme
sanguinaire qui appelle ce camp 'la boucherie nationale de Kikwit'.
On y coupe les mains et les bras à un grand nombre de rebelles.
Les autorités n'ont aucun recours contre ces militaires qui
se comportent comme de vrais chacals. On enterre les gens vivants.
Trois mille personnes y ont été tuées."
En mars 1966, trois cents combattants sont toujours regroupés
autour de Mulele. Il faudra vingt mois, jusqu'en novembre 1967,
pour que l'ANC, dotée d'une suprématie écrasante
en armes, arrive à disperser ce noyau central. Seule la volonté
farouche des villageois de protéger l'avenir de la révolution,
explique que ce faible noyau ait pu tenir tête à l'armée
mobutiste pendant une période aussi longue.
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