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La
vérité sur un assassinat barbare
Pierre Mulele et Théodore Bengila ont été assassinés
le 3 octobre 1968. Dans ce meurtre s'exprime toute la cruauté
et toute la bestialité du néo-colonialisme qui, entre
1960 et 1997, a ravagé et détruit le Congo.
De décembre 67 jusqu'en septembre 68, Mulele et sa femme
Abo se trouvent dans leur région natale Matende-Lukamba.
Mulele y donne des leçons politiques comme il l'a toujours
fait depuis son arrivée au maquis. Mulele attend l'arrivée
des cadres lumumbistes de Brazza. Mais personne ne viendra.
Le 2 septembre 68, Mulele part dans une petite pirogue pour Brazzaville,
en compagnie de Léonie Abo, de Joseph Makindua et de Boni,
un jeune Mudinga. Ils arrivent le 13 septembre à Brazza et
sont mis immédiatement sous résidence surveillée
au «Camp de la milice».
A plusieurs reprises, Mulele s'entretient avec les autorités
de Brazza. Le 27 septembre, il a enfin une rencontre avec les lumumbistes
résidant à Brazza. Mais la décision de son
retour à Kinshasa a déjà été
prise par les autorités de Brazza. Justin Bomboko, le ministre
des Affaires étrangères de Kinshasa, viendra à
Brazza le 28 septembre, pour signer un accord avec les autorités.
Bomboko déclare: «L'amnistie générale
décrétée à Kinshasa par le général
Mobutu, est valable pour tous. Nous accueillons donc M. Mulele en
frère. Il travaillera avec nous pour la libération
totale de notre pays». Les lumumbistes essayeront en vain
de convaincre les autorités de Brazza que Mobutu leur tend
un piège.
Le retour à Kinshasa
Le 29 septembre à 11 heures, Bomboko offre une réception
sur le bateau présidentiel à laquelle assistent Mulele
et les autorités de Brazza. L'après-midi, Bomboko
prend le départ avec Pierre Mulele, Léonie Abo, Joseph
Makinda, et deux autres partisans: Théodore Kabamba et Zénon
Mibamba. Mulele et sa femme passeront la nuit dans la maison de
Justin Bomboko.
Les trois jours suivants, des dizaines d'amis de Mulele viennent
le saluer dans la parcelle de Bomboko. Leurs noms sont enregistrés
par des militaires.
Germain Mwefu, un ami de jeunesse de Mulele, lui dit: «A l'extérieur,
nous entendons des rumeurs disant que l'on va te tuer. La situation
est grave, il faut que tu prennes la fuite.» Mulele répond:
«Je ne suis pas allé à Brazzaville pour arriver
à Kinshasa. Il y a eu un changement là-bas et cela
m'a amené ici. Il y a trois choses: la naissance, la vie
et la mort. J'ai fait tout ce que je pouvais, j'ai semé les
bonnes graines, elles ne sont pas tombées sur les rochers
mais dans la bonne terre. J'attends maintenant mon dernier jour.»
Le 2 octobre à 17 heures, Mulele, sa soeur Thérèse,
Abo et Mibamba sont amenés vers la prison dans l'enceinte
du camp militaire Kokolo. Ils y retrouvent Théodore Bengila
qui leur dit: «Vous aussi, vous êtes venus pour qu'ils
nous tuent tous ensemble?» Immédiatement, Mulele et
Bengila sont enfermés par des militaires. Entre-temps, les
autres amis de Mulele qui se trouvaient dans la maison de Bomboko,
sont amenés à la prison. Ainsi, dix femmes, dont la
mère de Mulele, et dix jeunes filles, dont Annie, la fille
de Bengila, sont enfermées ensemble dans une grande chambre
de la prison pendant trois mois, sans savoir ce qui est arrivé
à Mulele et Bengila.
Un assassinat barbare et bestial
Dans la nuit du 2 octobre 68, les militaires ont commencé
à torturer Mulele et Bengila. Mulele a été
tué avec une telle cruauté bestiale, qu'elle couvrira
à jamais de honte le régime qui a ordonné cette
sauvagerie. Vivant, on lui a arraché les oreilles, coupé
le nez, tiré les yeux des orbites. On lui a arraché
les organes génitaux. Toujours vivant, on lui a amputé
les bras, puis les jambes. Les restes humains ont été
jetés dans un sac et immergés dans le fleuve. Théodore
Bengila a été assassiné de la même façon
barbare.
Daniel Monguya Mbenge, qui était vice-gouverneur du Bandundu
à l'époque du maquis de Mulele, l'a confirmé.
Monguya se trouvait à Kikwit en 1966. Dans son livre, il
écrit : «Il y a eu trois mille assassinats sous les
ordres du colonel Monzimba au camp militaire, situé vers
la plaine d'aviation, lieu surnommé par le colonel : la Boucherie
de Kikwit. Dans un seul puits, des familles entières ont
été enterrées vivantes par les militaires.»
Lorsque, en 1988, Monguya rencontre Abo, il lui dit, d'une voix
tremblant d'émotion : « Madame, dans l'histoire du
Congo, votre mari est un personnage immortel; toute ma vie, j'aurai
des remords d'avoir aidé à barrer la route du succès
à Pierre Mulele ».
Cléophas Kamitatu, le principal adversaire de Mulele au Kwilu,
écrit dans son livre La grande mystification du Congo-Kinshasa
: « Loin de faire un procès à Mulele, on l'exécuta
après des tortures inouïes : organes génitaux
arrachés, yeux crevés, mains amputées, puis
on le plaça dans un sac rempli de pierres et on le jeta vivant
dans le fleuve Congo. Mulele n'a jamais été jugé
à huis clos et il fut jeté vivant dans le fleuve Congo,
le soir même du retour du président Mobutu ».
Pour commettre ce crime bestial, les officiers ont attendu le retour
de Mobutu, le 2 octobre, pour recevoir ses instructions. Il ne s'agissait
nullement d'un acte spontané commis dans un accès
de colère, mais d'une cruauté froidement préparée:
pendant trois jours, Mulele et sa femme avaient été
hébergés en toute quiétude dans la maison de
Bomboko.
Et il faut que le peuple se souvienne: Mobutu, l'homme de la cruauté
inhumaine envers Mulele, mais aussi envers tout le peuple congolais,
a été pendant plus de trente ans l'homme de confiance
de l'Occident capitaliste!
Le meurtre de la vielle mère de Mulele
Dix ans après l'assassinat de Mulele, Mobutu juge nécessaire
d'exécuter sa vieille mère, Ignace Luam. En janvier
1978, dans la région de Lukamba, un prophète du nom
de Martin Kasongo Mimpiepe prétend être Mulele ressuscité.
L'armée intervient et massacre deux mille paysans de la région
d'Idiofa. Parmi eux se trouvent Ntoma, le petit frère de
Mulele, le chef du groupement Lukamba, Kingoma et le chef de Lukamba
Bozombo, Ekwalanga, le beau-frère de Léonie Abo. Un
frère de Mulele, Delphin Mbumpata, est traîné
de son lit à l'hôpital de Matende Iwungu et abattu
dans la rue. L'armée fait la chasse à la vieille mère
de Mulele, qui s'est réfugiée dans la forêt.
Les militaires assassinent François Mbawalanga, un frère
de Léonie Abo, parce qu'il ne peut pas dire où se
trouve la mère. Ils tuent un frère d'Ignace Luam,
Etu Mbwun, puis Okul, la fille d'une soeur d'Ignace Luam, ainsi
que son fils Nestor Edzu... Finalement, la mère de Mulele
est arrêtée et traînée devant les villageois
de Lukamba. Dans un texte rédigé par des témoins
le 28 avril 1978, on lit: «Les militaires lièrent la
maman avec des cordes en formant une croix. Avant qu'elle ne soit
fusillée, elle fit cette déclaration aux militaires:
Vos mamans vous ont mis au monde; est-ce qu'elles savaient que vous
deviendriez des militaires? Les soldats tireront pendant longtemps
sur elle sans que les balles l'atteignent. Ils la couperont en morceaux
avec des poignards. Chaque partie sera enterrée à
part.»
Le livre de Ludo Martens Pierre Mulele ou la seconde vie de Patrice
Lumumba, publié en 1985, se termine sur ces phrases: "Lumumba
et Mulele assassinés, on n'a jamais retrouvé leur
corps. Mais rien ne pourra empêcher les révolutionnaires
du Congo-Kinshasa de retrouver la pensée de Lumumba et de
Mulele. Le jour où l'avant-garde des forces nationalistes
aura assimilé cette pensée, un nouvel espoir naîtra
dans le coeur des millions d'opprimés, rendus muets depuis
vingt ans. (...) Dans cet immense cimetière qu'est devenu
le Congo mobutiste, la vie rejaillira immanquablement et avec impétuosité
sous le drapeau des deux héros nationaux qui font à
jamais la fierté du peuple congolais: Patrice Lumumba et
Pierre Mulele."
Et le 17 mai 1997 avec la victoire de l'Alliance dirigée
par Laurent Désiré Kabila, la vie rejaillit, la révolution
rejaillit au Congo-Kinshasa...
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