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Page de Pierre Mulele(13/13)
Le
testament de Mulele et Mukwidi: "Corriger nos erreurs, relancer
la révolution"
Quand Mulele et Bengila entrent au Congo en mars et en juillet 63,
ils sont convaincus qu'ils ne peuvent plus s'appuyer sur le PSA,
ni sur le MNC-L. La majorité des dirigeants de ces partis
ont trahi la lutte pour l'indépendance et la démocratie.
Les autres se cramponnent aux positions nationalistes de 60, dépassées
par l'histoire. Avant de créer un nouveau parti, Mulele veut
faire comprendre à quoi ce parti servirait. Il faut d'abord
montrer une nouvelle voie : celle de l'éducation, de l'organisation
et de la mobilisation des masses, la voie de la lutte contre l'impérialisme
dans tous les domaines et par tous les moyens, et principalement
par les armes.
Le 3 août 1966, Mulele signe une lettre destinée à
ses amis de Brazza, à Gizenga et à Kabila à
l'Est. Dans cette lettre, il aborde la question du Parti.
"Camarades,
Je vous prie de lancer un appel à l'unité à
tous les camarades qui sont avec vous, afin de créer un Parti
révolutionnaire avancé, au sein duquel tous les révolutionnaires
du Congo seront regroupés. Je vous demande d'oublier vos
querelles stériles du passé, de bannir l'esprit de
séparatisme. ... L'union devra reposer sur une doctrine de
base conséquente conforme à la ligne générale
de la Révolution sur toute l'étendue du territoire
congolais.
L'intérêt général de la Nation doit se
placer au-dessus de toute ambition personnelle. C'est la raison
pour laquelle notre lutte ne s'est appuyée sur aucun des
Partis déjà existants, tels que la PSA, MNC-L, Abako
etc..."
Thomas Mukwidi fait le bilan de trois années de lutte
révolutionnaire
Thomas Mukwidi a commencé la révolution avec Pierre
Mulele. Il publie, le 3 octobre 66, un document sur l'édification
du parti d'avant-garde, qui développe les idées de
Mulele. Nous en publions l'essentiel.
"La première cause fondamentale des
revers successifs que nous avons connus réside dans le fait
que nous n'avons pas suffisamment mobilisé et organisé
le peuple. L'ennemi étant mieux organisé que nous
et bénéficiant d'un appui considérable des
impérialistes, seule notre capacité d'organisation
et de mobilisation du peuple nous permettra de changer le rapport
des forces entre l'ennemi et nous. Nous devons considérer
la mobilisation et l'organisation des forces populaires comme étant
l'unique garantie de notre victoire.
Avant la rédaction d'un programme et l'élaboration
d'un mot d'ordre, nous devons aller aux côtés de la
masse, vivre avec elle et lutter à côté d'elle
afin de connaître ses problèmes, ses difficultés,
ses revendications et de procéder à une enquête
sérieuse sur sa vie. Ce n'est qu'après ce travail
que nous pourrons élaborer un programme et lancer des mots
d'ordre qui traduisent les réalités de notre pays
et les aspirations profondes de notre peuple.
Le contenu de ce programme doit être essentiellement axé
sur la réalisation de la révolution nationale et démocratique.
Il faut utiliser un langage compréhensible par le peuple.
C'est uniquement sur cette base que nous pourrons mobiliser, organiser
et unir tout notre peuple pour qu'il participe à la révolution.
La deuxième cause fondamentale de nos revers
est le manque d'une organisation et d'un noyau de direction unis
et homogènes, véritable avant-garde de notre lutte
libératrice, ayant un dévouement total à la
cause de la révolution et sincèrement attachée
aux intérêts du peuple.
La troisième cause est l'impatience et la
soif du pouvoir. La position stratégique du Congo - au coeur
même de l'Afrique - est une question de vie ou de mort pour
les impérialistes. Les immenses richesses naturelles et le
potentiel économique du Congo attirent toute une coalition
d'impérialistes: les USA, La Belgique, la France, la Grande-Bretagne,
l'Allemagne de l'Ouest etc... Il n'est pas possible pour nous de
remporter une victoire facile et rapide. Nous ne pouvons pas allumer
un simple feu de paille. Les impérialistes et les réactionnaires
doivent être comparés à de hautes montagnes
qu'il n'est pas possible de renverser en un jour. Nous devons nous
opposer à tout esprit d'impatience et d'opportunisme aveugle
qui se manifeste chez certains de nos camarades qui, assoiffés
de pouvoir et poussés par des mobiles incompatibles avec
la révolution, rêvent d'une victoire facile et rapide.
Le problème des cadres constitue la quatrième
cause fondamentale de notre échec provisoire. Beaucoup
de camarades s'entêtent à faire du tourisme révolutionnaire
en parcourant toutes les capitales du monde. Le triomphe de la révolution
repose entièrement sur un travail pratique des cadres à
l'intérieur du pays en mobilisant et en organisant le peuple.
Il importe d'apporter une très sérieuse attention
aux organisations des ouvriers et des étudiants qui constituent
des avant-gardes de la lutte des masses dans les villes. Ce problème
n'a pas fait l'objet d'un examen attentif de notre part. C'est la
cinquième cause fondamentale de nos revers.
La sixième cause est la foi aveugle en l'aide
extérieure. Nous rencontrons encore dans nos rangs beaucoup
de camarades qui ont une foi aveugle en l'aide extérieure
et la considèrent même comme une condition impérative
de la victoire de notre révolution.
Nous devons savoir que la révolution et la libération
d'un pays ont toujours été l'oeuvre unique du peuple
de ce pays. la révolution n'est ni à importer ni à
exporter.
Pour libérer notre pays, nous devons essentiellement compter
sur notre peuple. C'est notre peuple seul qui constitue la garantie
et l'aide sûre qui nous permettra d'assurer la libération
de notre nation et de persister dans la révolution jusqu'au
bout.
Trois tâches pour avancer vers la libération
L'examen critique de tout ce qui a été fait depuis
le 3 octobre 63 nous permet de reconnaître nos erreurs. Il
n'y a que ceux qui ne font rien qui ne se trompent pas. Mais loin
de rayer d'un seul trait tout ce qui a été fait avec
le sang des milliers de nos compatriotes, comme le font certains
opportunistes et arrivistes, nous devons apprendre de ces erreurs,
savoir en tirer des leçons.
Ces erreurs sont dues à notre manque d'expérience
dans l'organisation du mouvement insurrectionnel. Nous avons la
conviction que le dernier mot appartient à notre peuple.
Peut-être ce n'est pas pour demain ni pour dans dix ans, mais
le cours de l'histoire est irréversible.
La chose la plus importante est notre volonté et notre détermination
d'aboutir.
Trois tâches urgentes et inséparables s'imposent à
nous: la formation d'un noyau d'avant-garde, la fondation d'un parti
authentiquement révolutionnaire et la conquête des
masses, et l'intensification de la lutte armée.
1. La formation d'un noyau d'avant-garde
Une révolution et une lutte armée qui ne sont pas
dirigées par une direction consciente, juste et éclairée,
composée des éléments ayant une fidélité
totale à la révolution et au peuple ne peuvent pas
aboutir à la victoire. C'est pourquoi il devient urgent,
pour sauver la révolution, de former un véritable
noyau d'avant-garde.
Ce noyau doit avoir une unité politique complète à
propos de la libération du peuple congolais par la voie de
la lutte armée, forme principale de cette lutte.
Ce noyau doit être composé d'éléments
intègres, sérieux, capables de lier la théorie
révolutionnaire à la pratique et les paroles aux actes,
des éléments qui acceptent les difficultés
et les sacrifices, qui renoncent à leurs intérêts
personnels et égoïstes et qui sont prêts à
donner leur vie pour notre peuple.
Ce noyau ne doit pas se servir d'un langage anti-impérialiste
pour s'enrichir et satisfaire des ambitions personnelles, source
permanente de nos querelles et de nos divisions.
Ce noyau doit avoir une discipline stricte et rigoureuse.
Ce noyau doit avoir comme tâche fondamentale la fondation
d'un Parti d'avant-garde, ayant une stricte discipline et une vocation
authentiquement révolutionnaire. Ce noyau doit former, à
l'intérieur du pays, de nombreux cadres de la révolution.
Afin d'éviter l'infiltration dans nos rangs de mauvais éléments
et d'agents de la réaction et de l'impérialisme, il
sera imposé une série des critères pour le
choix des cadres. Seront formés comme cadres les éléments
qui sont déterminés à persister dans la révolution
et la considèrent comme une question de vie ou de mort, les
éléments qui savent que seul le triomphe de la révolution
peut apporter salut et bonheur à leurs parents, frères
et soeurs.
2. La fondation d'un Parti révolutionnaire
La deuxième tâche est la fondation d'un Parti révolutionnaire
d'avant-garde, c'est-à-dire un Parti qui traduira les aspirations
profondes de notre peuple, exprimera fidèlement ses désirs
et sera le défenseur de ses intérêts.
Un tel Parti ne peut naître que sur base des masses. Un tel
Parti doit être fondé à l'intérieur de
notre pays et au cours de la lutte. Cette exigence nous permet de
limiter les ambitions et les appétits de ceux qui confondent
la révolution avec leurs propres intérêts et
la considèrent comme un moyen de s'enrichir.
Le Parti doit tracer une ligne de démarcation nette entre
les véritables révolutionnaires et les pseudo-révolutionnaires
et placer à sa tête les dirigeants et les responsables
sortis des épreuves de la lutte, ayant l'estime, la confiance
et l'appui résolus de notre peuple.
Dans ce Parti, il convient de combattre les ambitions personnelles
et imposer des critères rigoureux quant à l'acceptation
de membres. Les meilleurs membres de ce Parti doivent aussi sortir
de la pratique révolutionnaire.
3. La conquête de la masse et l'intensification de
la lutte armée.
La troisième tâche est la conquête des masses
et l'intensification de la lutte armée sous la direction
du noyau et du Parti d'avant-garde. En effet, la mobilisation et
l'organisation des masses par le front et la lutte armée
sous la direction centralisée du Parti d'avant-garde, sont
les deux armes principales pour remporter la victoire.
C'est pourquoi il est indispensable que le Parti d'avant-garde,
le promoteur, l'organisateur, l'initiateur et le dirigeant de ces
deux armes voit le jour dans le feu ardent de la lutte."
Thomas Mukwidi, 3 octobre 1964 |