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La
révolution anticoloniale: ses partisans et ses ennemis
Au moment de la lutte pour l'indépendance, le Congo connaissait
déjà des classes sociales bien distinctes. Certaines
classes voulaient que le colonialisme reste en place. D'autres classes
voulaient l'indépendance, mais différentes classes
donnaient un contenu différent à cette indépendance.
Les classes sociales qui défendaient le colonialisme
Il y avait d'abord la grande bourgeoisie coloniale.
C'étaient les managers des sociétés, les hauts
fonctionnaires d'Etat et les dignitaires de l'Eglise qui dominaient
politiquement et économiquement la colonie. L'Union minière,
créée en 1906 avec un capital de 10 millions de francs,
réalisa entre 1950 et 1959 un bénéfice net
de 31 milliards de francs. Les cinq dernières années
du régime colonial, elle comptait 21,81 milliards de bénéfices
et d'amortissements. Il est évident que cette classe avait
tout intérêt à maintenir en place le système
colonial.
Cette grande bourgeoisie, essentiellement belge, s'appuyait sur
trois autres classes:
La bourgeoisie moyenne était composée
de patrons européens établis au Congo. Ceux-ci possédaient
des petites et moyennes entreprises.
La petite bourgeoisie européenne était
formée par l'échelon inférieur des employés
blancs de l'administration et des entreprises, par des petits commerçants
et par l'aristocratie ouvrière: c'est-à-dire les ouvriers
blancs spécialisés et les contremaîtres européens.
Enfin l'aristocratie noire constituait un rouage
important du système colonial. Dans un décret colonial
de 1906, la politique à suivre vis-à-vis des chefs
coutumiers est clairement décrite : "Les chefs de villages
sont les intermédiaires naturels entre les autorités
de l'Etat et la population indigène. Soutenus par l'Etat,
les chefs formeront dans tout le Congo une classe extrêmement
utile, intéressée au maintien d'un ordre des choses
qui consacre leur prestige et leur autorité. » Les
chefs coutumiers recevaient une prime calculée en fonction
du nombre d'indigènes qu'ils administraient ainsi qu'un pourcentage
sur les impôts payés par leurs sujets.
Les classes opposées au colonialisme
Du côté du peuple congolais, on pouvait discerner cinq
classes sociales qui avaient, chacune pour ses propres raisons,
intérêt à chasser les colonialistes. Pour renverser
le colonialisme, il fallait réunir le plus possible de forces.
Une minorité de chefs coutumiers, surtout
parmi ceux dont l'autorité ne s'exerçait que sur un
nombre restreint d'hommes, refusa de collaborer et s'opposa au colonialisme.
Puis, il y avait la bourgeoisie nationale. En 1958,
il y avait 21.683 'firmes d'indigènes' engagées dans
des activités commerciales, des briqueteries, des entreprises
de construction, des scieries, des garages et des hôtels.
En 1958, 6.500 patrons noirs engageaient des ouvriers salariés.
D'autres groupes 'd'évolués' avaient, à cause
de leurs privilèges, la même position que la bourgeoisie
nationale: les prêtres, les assistants médicaux, les
assistants agronomes et les employés supérieurs dans
les sociétés. En 1960, la bourgeoisie nationale ne
comptait que 10.000 personnes. Une fraction de la bourgeoisie nationale,
liée souvent aux chefs coutumiers, s'enrichit en collaborant
avec les grandes sociétés étrangères.
Cette fraction voulait l'indépendance pour pouvoir s'enrichir
plus vite et cela par la collaboration avec les anciens colonialistes.
La petite bourgeoisie noire était composée
par les employés et les fonctionnaires noirs, et par les
indépendants noirs n'utilisant pas de salariés. En
1958, les entreprises européennes regroupaient 68.498 employés.
En 1960, les agents congolais de l'Administration étaient
au nombre de 98.000.
Les paysans produisant de manière traditionnelle
représentaient 77% de la population.
Le prolétariat et le semi-prolétariat:
le développement considérable des grandes entreprises
capitalistes avait créé une des plus importantes classes
ouvrières d'Afrique. En 1956, le Congo comptait 1.199.896
salariés (sur une population totale de 13 millions de personnes).
755.944 pouvaient être considérés comme des
prolétaires.
Dans les villes existait aussi une importante légion de sous-prolétaires.
En 1959, à Léopoldville, 36.000 personnes étaient
officiellement enregistrées comme chômeurs, ce qui
représentait presque un tiers des personnes actives. Le nombre
de travailleurs sans emploi était encore plus élevé,
car beaucoup de jeunes résidaient clandestinement dans la
capitale. Ce sont ces jeunes qui donneront, le 4 janvier 1959, le
signal de la révolte populaire qui marqua le début
de la lutte ouverte pour l'indépendance.
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