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Mulele
face au colonialisme belge, au pillage et à la répression
violente
Pierre Mulele, né en 1929, grandit dans une société
dominée par les trois forces du colonialisme : l'administration,
le capital et l'Eglise. Le jeune Mulele se révoltera contre
la misère et l'injustice, inhérentes à l'Etat
colonial. Il deviendra par la suite un des principaux dirigeants
de la lutte pour l'Indépendance.
Comme son aîné Lumumba, Mulele comprit le caractère
injuste, exploiteur et humiliant du colonialisme. Or, à cette
époque, beaucoup d'"évolués" qui
avaient fréquenté l'école, étaient favorables
au colonialisme dont ils tiraient certains avantages.
C'est en 1885 que les puissances occidentales, réunies à
Berlin, font de l'Etat Indépendant du Congo l'immense propriété
privée du roi Léopold II, roi des Belges. Celui-ci
déclara en 1906: « Le Congo a été et
n'a pu être qu'une oeuvre personnelle. Mes droits sur le Congo
sont sans partage; ils sont le produit de mes peines et de mes dépenses.
C'est l'auteur de l'Etat qui dispose légalement, souverainement,
seul, dans l'intérêt de la Belgique, de tout ce qu'il
a créé au Congo. » Voilà un discours
qui a dû inspirer Mobutu, quelque soixante ans plus tard.
En réalité, Léopold II a mis en place un système
qui a permis à l'Etat et aux compagnies privées belges
d'exploiter au maximum les richesses naturelles et humaines du Congo.
Pour ce faire, le colonialisme belge reposait sur trois piliers:
le capital, l'administration coloniale et l'église. Nous
publions içi deux leçons politiques que Mulele donnaît
au maquis entre 1963 et 1968.
« Comment nos ancêtres ont été
colonisés »
"Nos ancêtres étaient libres et indépendants
dans leur pays. Un jour, les Blancs sont venus pour les coloniser.
De village en village, ils ont distribué du sel et du poisson
salé pour les acheter. Mais nos ancêtres refusaient.
Puis, les Blancs faisaient tonner le fusil. Avant d'entrer dans
un village, ils tiraient un coup de canon au milieu des huttes.
Les Noirs arrêtés l'arc ou la lance à la main
étaient fusillés sur place. Les Blancs nous contraignaient
à payer des impôts et à exécuter des
travaux forcés. Puis, ils envoyaient des prêtres avec
mission de nous convaincre de travailler volontairement pour les
Blancs. Nous ne voulions même pas les écouter. Ils
arrachaient alors des petits enfants à leurs mères,
en prétextant qu'ils étaient orphelins. Ces enfants
travaillaient durement dans des fermes pour y apprendre la religion
des Blancs.
Petit à petit, ils nous ont imposé leur religion.
Que nous raconte-t-elle? Elle nous apprend qu'il ne faut pas aimer
l'argent, il faut aimer le bon dieu. Mais eux, n'aiment-ils pas
l'argent? Leurs compagnies, comme les Huileries du Congo Belge,
gagnent des dizaines de millions grâce à notre sueur.
Ne pas aimer l'argent, c'est accepter un travail d'esclave pour
un salaire de famine. Ils nous interdisent aussi de tuer. Mais eux,
est-ce qu'ils ne tuent pas? Ici, à Kilamba, en 1931, ils
ont massacré un bon millier de villageois. Ils nous interdisent
de tuer, simplement pour nous empêcher de combattre l'occupant.
Les prêtres nous défendent aussi de voler. Mais eux,
ils nous ont volé notre pays, nos terres, toutes nos richesses,
nos palmeraies. Quand un homme vole chez un Blanc, il doit aller
le dire à confesse. Alors le prêtre court prévenir
le patron blanc et le Noir est chassé de son travail et mis
en prison. »
(Extrait de Abo, une femme du Congo, Ludo Martens, Ed. EPO, Bruxelles,
1995, page 68)
"Pour sortir de la misère, il faut faire
la révolution"
"Nous allons faire une révolution pour chasser les Blancs
et pour nous occuper nous-mêmes de notre pays. Mais, pour
comprendre la révolution, il faut d'abord connaître
les cinq étapes de l'humanité. La société
n'est pas immuable, l'humanité progresse par étapes.
D'abord, l'homme a vécu dans la société primitive.
Les gens vivaient ensemble, à peine séparés
des animaux. Ils n'avaient de force qu'en se regroupant. Ainsi,
en bandes, ils luttaient contre les animaux, allaient à la
pêche et à la chasse. Ils étaient encore sauvages,
presque des animaux, mais ils avaient l'intelligence. Il n'y avait
pas de différences de classe, tous faisaient les mêmes
travaux. Ils ont inventé le feu et les instruments de la
chasse, en pierre et en bois. Après, ils ont commencé
à travailler la terre et à produire beaucoup de nourriture.
Il y a eu une division de travail.
A ce moment ont surgi l'inégalité, la haine et la
jalousie. Il y avait des chefs qui dominaient les autres. Puis les
différentes bandes ont commencé à se faire
la guerre pour prendre des esclaves qu'ils faisaient travailler
pour eux. On a vu la classe des seigneurs qui possédaient
tout et la classe des esclaves qui n'avaient aucun droit. Les riches
ne travaillaient pas, ils disposaient du temps nécessaire
pour organiser une armée afin de mater les esclaves Ils trouvaient
aussi le loisir d'apprendre à lire et écrire et d'étudier
les secrets de la nature. Ils ont inventé le métier
à tisser et des instruments pour labourer la terre. La société
produisait maintenant beaucoup plus de richesses. Mais les esclaves
ne cessaient de lutter contre les tyrans pour qui l'esclave n'était
qu'une bête. Finalement, les esclaves refusaient de travailler
et la production régressait.
Alors les maîtres ont dû accorder la liberté
à leurs esclaves et leur permettre de travailler un lopin
de terre. Mais les seigneurs féodaux continuaient à
posséder la terre et les instruments de travail. Les gens
étaient devenus des serfs, ils n'étaient plus esclaves,
ils avaient une certaine indépendance mais ils devaient livrer
une grande partie de leur récolte au seigneur. Dans cette
société féodale, la connaissance des hommes
a progressé. On a inventé la charrue de fer, la forge,
la roue hydraulique. Les hommes ont commencé à apprendre
le métier de tisserand, d'armurier, de meunier, de cordonnier
On a créé des villes et le commerce s'est développé
avec des pays lointains. Mais souvent, les paysans et les artisans
se sont soulevés contre leurs exploiteurs.
Quand les marchands avaient amassé beaucoup d'argent, ils
ont inventé les machines Les riches ont créé
des usines et les pauvres, qu'on chassait de leur terre, étaient
obligés de se vendre aux riches pour aller travailler dans
leurs usines. Ainsi on a eu des capitalistes qui exploitent des
ouvriers. C'est comme les Huileries du Congo Belge où vous
allez travailler durement pour un petit salaire Les usines créent
beaucoup de produits différents en grande quantité,
mais tout appartient au capitaliste. Au Congo, les capitalistes
belges possèdent les usines, les machines et les richesses
du sous-sol. Ils sont venus 'razzier' les Noirs dans leurs villages,
même ici, au Kwilu, pour les déporter au Katanga où
ils peinent dans les mines.
La révolution socialiste, c'est les travailleurs et les pauvres
qui s'emparent des usines, chassent les capitalistes et font tourner
les usines au service de la population qui travaille."
(Extrait de Abo, une femme de Congo, page 69-71)
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