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Mulele
face à ces ‘lumumbistes’ qui ont trahi Lumumba
Après le coup d'Etat de Mobutu, le 14 septembre 1960, l'ONU
ne reconnut plus le gouvernement Lumumba, déplacé
aussitôt à Stanleyville. Petit à petit, la plupart
des membres du gouvernement cherchaient le compromis avec les ennemis
de Lumumba.
Un mois après l'arrestation de Lumumba, le 1er décembre
1960, Pierre Mulele partit en Egypte. Il amena plusieurs pays à
reconnaître le gouvernement Lumumba-Gizenga: après
l'Egypte, suivirent l'URSS, l'Allemagne de l'Est, la Guinée,
le Maroc, le Ghana, l'Algérie, Cuba, l'Irak, la Chine populaire
et d'autres.
Sous l'impulsion de Mulele, le Conseil des ministres de Stanleyville
approuva le 31 mars 61 un arrêté consacrant la rupture
totale avec les collaborateurs à Kinshasa. "Kasavubu,
le Chef de l'Etat, ne tire son pouvoir que de l'appui des puissances
complices contre la Nation et dans le coup de force de Mobutu. Il
tolère les actes sécessionnistes au Katanga et à
Bakwanga."
Cette décision de rompre radicalement avec les fantoches
devait être le signal du déclenchement d'un vaste mouvement
révolutionnaire pour l'indépendance authentique. Mais
il n'en fut rien.
En fait, la plupart des dirigeants "lumumbistes" ne rêvaient
que d'une réconciliation avec les traîtres de Léopoldville.
Le 19 juin 1961, ils eurent leur chance: Bolikango, le pire ennemi
des nationalistes avant l'indépendance fit une déclaration
dans laquelle il n'était question que de "réconciliation
nationale" et de "recours au Parlement". Le gouvernement
de Stanleyville accepta la main tendue, renonçant à
son objectif d'instaurer un pouvoir nationaliste révolutionnaire.
Après l'annonce de l'assassinat de Lumumba, les masses avaient
partout redoublé d'effort dans la lutte armée pour
la libération. La moitié du pays était sous
le contrôle des nationalistes. Mais en juillet-août,
les opportunistes capitulaient complètement et ils désarmaient
les masses.
Le Conclave de Lovanium: la trahison
Le 22 juillet 61, le parlement élu en 60 se réunit
dans le Conclave de Lovanium. Les lumumbistes sont divisés
et infiltrés par les agents du néocolonialisme: ils
acceptent de démettre Gizenga comme premier ministre et de
donner son poste à Adoula, un ennemi de Lumumba. Les Chambres
accordent leur confiance au Gouvernement Adoula, comme le "successeur
légal du gouvernement Lumumba, sorti des élections
en 60." Ainsi les lumumbistes ont permis que la légalité
change de camp et devienne l'arme des Mobutu, Kasavubu, Nendaka
et Ileo.
Ceci montre que la plupart des chefs "lumumbistes" de
61 étaient des représentants de la jeune bourgeoisie
congolaise. Même ceux qui étaient mus par un nationalisme
honnête, se sont laissés facilement mener par le bout
du nez par les pires ennemis de la nation. Pour ces nationalistes
opportunistes, les luttes les plus âpres ne reposaient que
sur des malentendus. Il suffisait de réconcilier les hommes
de bonne volonté pour résoudre tout. La bourgeoisie
nationale s'enivre de mots mais est incapable de juger les gens
sur leurs intérêts de classe et sur leurs actes. Alors
que Tshombe était un agent de la Belgique et qu'il avait
assassiné des milliers de nationalistes, certains "lumumbistes"
allaient demander à l'ONU de le persuader d'accepter une
"réconciliation nationale"
Les hésitations de Gizenga
Le 4 août, Mulele prend l'avion pour Stanleyville, puis se
rend en Egypte. Désormais, il est à la recherche d'un
pays où il pourra apprendre à créer une armée
populaire réellement fidèle à la lutte de libération.
Gizenga, resté à Stanleyville, se laisse convaincre
par Gbenye de reconnaître le gouvernement pro-américain
d'Adoula et d'y entrer comme vice-premier ministre. Le 18 août,
Gizenga défend son choix devant 30.000 personnes: "Adoula
est d'accord de suivre la doctrine et les secrets que Lumumba nous
a laissés." La foule hurle: "N'y va pas! N'y va
pas!" Une fois de plus, mieux que leurs dirigeants, les masses
ont compris la tournure des événements.
Lorsqu'Adoula entame des négociations avec Tshombe en septembre
61, Gizenga se rend compte que le gouvernement a pris la voie de
la trahison ouverte. Fin novembre 61, Gizenga déclare: "Le
2 août, le Parlement, sous les menaces de Mobutu, a été
obligé de voter la confiance au gouvernement." Et il
termine par un appel aux soldats nationalistes: "Je vous donne
l'ordre de me suivre sur le champ de bataille au Katanga."
Voilà ce qu'il aurait dû dire en février 61,
au moment où les masses étaient encore armées
et se battaient pour imposer un gouvernement populaire.
Le 15 janvier, la Chambre décide par 67 voix pour, une contre
et 4 abstentions de démettre Gizenga de ses fonctions de
vice-premier ministre. Ces chiffres montrent irréfutablement
la trahison du programme de Lumumba par la grande majorité
des chefs "lumumbistes". Le 27 janvier, Gbenye, le ministre
de l'Intérieur, signe un arrêté de mise en résidence
surveillée de Gizenga, qui se voit accusé de porter
"atteinte à la sûreté de l'Etat".
Devenir riche en 1961-1963
Certains chefs coutumiers, une grande partie de la bourgeoisie nationale
congolaise ainsi que des couches supérieures de la petite
bourgeoisie devenaient membres de la nouvelle bourgeoisie corrompue
et vendue à l'impérialisme belge.
Les hommes politiques s'attribuèrent des salaires énormes.
Le 5 juillet 60 le Sénat vota une augmentation de la rémunération,
qui passa de 100.000 FC à 500.000 FC. A cette époque,
un coupeur de noix de palme gagnait 700 FC par mois.
Un deuxième moyen de s'enrichir était le pillage des
caisses de l'Etat. Les ministres, les parlementaires et les hauts
fonctionnaires détournaient les fonds destinés au
paiement des travailleurs où à l'achat de matériel.
Diamants et ivoire disparaissaient au-delà des frontières
sans qu'aucun papier ne puisse témoigner de leur passage.
En 63, l'exportation clandestine de diamants avait déjà
rapporté 3 milliards de FC.
De nombreux commerçants européens ne se risquaient
plus à l'intérieur du pays. Ils s'associaient à
des commerçants congolais et à des hommes politiques
qui devenaient les alliés du grand capital européen.
Une dernière source d'enrichissement consistait à
s'allier au capital monopoliste international. Ainsi le grand chef
Mwenda Munongo qui déclara: "Nous représentons
la tradition authentiquement africaine", a fait son entrée
dans le Conseil d'Administration de L'Union Minière du Haut-Katanga.
Le manifeste de Mulele et Bengila
A partir d'avril 1962, Mulele et son ami Theodore Bengila suivent
des cours politiques et militaires en Chine. A leur retour à
Kinshasa, ils publient en juin 1963 un manifeste pour annoncer la
révolution populaire qu'ils apprêtaient de déclencher.
«Peuple congolais, le pays est en train de mourir à
cause des manoeuvres colonialistes. Les colonialistes veulent nous
imposer une nouvelle forme de domination, le néo-colonialisme,
c'est-à-dire une domination par l'intermédiaire de
nos propres frères traîtres et corrompus, c'est-à-dire
les réactionnaires de la bourgeoisie.
Il n'est pas besoin de vous démontrer la barbarie, la cruauté
de cette nouvelle forme de colonialisme. Les néo-colonialistes
utilisent diverses méthodes: tueries, assassinats, empoisonnements,
la corruption avec des sommes colossales d'argent en dollars, la
propagande mensongère par radio, journaux, tracts.
Beaucoup de dirigeants qui, hier, étaient vos défenseurs
acharnés, ont trahi la cause du pays. Le pays est tombé
entre les mains d'une caste qui ne cherche qu'à s'enrichir
d'une manière scandaleuse, rapide, révoltante, impitoyable
au détriment des intérêts réels du peuple
qui continue à mourir de faim.
La stratégie américaine au Congo s'appuie sur nos
divisions, nos querelles, nos luttes tribales, provoquées
et entretenues d'ailleurs par les sociologues et psychologues américains
qui sont partout dans le pays.
Il nous faut parer à cette situation menaçante.
Sur le plan interne, nos efforts doivent tendre à balayer
toutes les traces du colonialisme. Il va de soi que nos frères
traîtres, qui servent d'intermédiaires aux capitalistes
et qui constituent le support d'une politique étrangère
doivent subir les rigueurs de notre lutte de libération totale.
cette lutte doit se mener sous la direction d'un pouvoir populaire
et démocratique.
C'est aussi une fausse conception que l'indépendance équivaut
à prendre la place des anciens dirigeants coloniaux pour
ne rien changer quant à la structure économique du
type colonialiste.
L'indépendance, si l'on la veut entière et totale
entraîne une lutte héroïque et implacable du colonisé
parce que sa réalisation implique un changement radical.
C'est une lutte systématique de décolonisation. Elle
est dure et de longue haleine.
C'est une utopie de croire que la décolonisation totale et
réelle puisse se réaliser sans casse. L'histoire de
l'humanité nous le prouve avec éloquence. Notre détermination
dans la lutte nous conduira à la victoire et celle-ci est
inéluctable."
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