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La
formation dans le maquis
D'abord il y avait l'entraînement physique et militaire. Ensuite,
il y avait des leçons politiques, dont le premier objectif
était de susciter parmi les masses la haine et le mépris
du régime existant et l'amour du peuple. Un commissaire politique
raconte: "Il suffit de vivre parmi les masses, de voir ce qui
les tracasse, d'écouter leurs plaintes, pour trouver les
thèmes et le matériel d'une leçon politique.
Une fois qu'on a suscité la haine des injustices, on se met
ensemble pour trouver les moyens de changer cette situation."
Mulele et Bengila expliquaient les principes de la guérilla,
de l'organisation et du renseignement. La solidarité entre
combattants est la pierre d'angle du mouvement: les partisans partagent
leurs joies et leurs peines; les dirigeants doivent vivre de la
même façon que les maquisards et donner l'exemple en
tout. Les partisans doivent être dans le peuple comme le poisson
dans l'eau: l'organisation puise toute sa force dans les masses
populaires. Elles constituent la principale source de renseignements.
Le partisan doit toujours privilégier l'action politique
en expliquant les méfaits et les crimes des réactionnaires.
La lutte armée en sera grandement facilitée, parce
que les masses, conscientes de leur rôle, rapporteront aux
partisans tous les événements dont elles sont les
témoins. Le combattant tentera de nouer des relations avec
le plus grand nombre possible de villageois.
"Ils sont comme des moustiques qui nous sucent tout
notre sang"
Une leçon politique de Pierre Mulele sur les classes sociales
Mulele enseignait que celui qui veut faire une politique pour les
masses populaires, doit d'abord analyser les classes sociales qui
existent dans la société.
Il faut toujours étudier qui possède les moyens de
production et de circulation (la terre, les usines, les machines,
les camions) et qui contrôle l'Etat. Les classes exploiteuses
possèdent les moyens de production et possèdent l'Etat;
c'est pour cette raison qu'elles peuvent exploiter les ouvriers,
les paysans, les petits commerçants et les petits fonctionnaires.
Pascal Mundelengolo se distinguait par sa faculté d'exposer
les leçons politiques sous forme de dialogue, compréhensible
pour les villageois. Voici comment il expliquait les idées
de Mulele.
"Il y a maintenant chez nous trois classes de vie"
La première classe, c'est nous qui produisons, les coupeurs
de fruits de palme.
Qu'est-ce que nous recevons pour nos fruits? Est-ce que nous pouvons
encore acheter les pagnes pour les femmes avec notre salaire? Non,
nous ne pouvons plus acheter de wax.
Quand nous vieillirons, est-ce que nous aurons une pension? Non,
nous n'y avons pas droit.
La deuxième classe, ce sont les Blancs qui achètent
nos fruits. Est-ce que nous savions ce que les Blancs pourraient
faire avec nos produits? Personne parmi nous ne le savait. Avec
nos fruits, le Blanc fabrique de l'huile de palme, du savon, des
bougies, du beurre. Les coques, il les vend comme bois de chauffage.
Il mélange les déchets avec le maïs pour obtenir
du fourrage pour la volaille.
Tout cela, est-ce que nous le savions? Nous ne connaissions pas
la vraie valeur de nos fruits de palme. C'est nous qui faisons le
travail dangereux, mais nous ne recevons presque rien. Le Blanc
vole nos richesses. Les impérialistes sont comme les moustiques.
Vous avez travaillé et peiné toute la journée.
Avec votre argent, vous mangez pour vous procurer du sang qui est
nécessaire pour vivre. Alors, les moustiques viennent et
ils sucent votre sang, et ils ne laissent plus une seule goutte
dans votre corps. Ils deviennent très gras. Mais, dites-moi,
est-ce que c'est eux qui ont travaillé?
Les richesses sont produites par nous, mais nous n'en profitons
pas. Est-ce que vous êtes contents de cette situation? Non,
on n'est pas contents. Les Blancs viennent et eux ils fixent les
prix.
Mais pourquoi est-ce que vous ne pouvez pas fixer les prix? Ah oui,
quand est-ce qu'on aura ce pouvoir-là? Oui, voilà
ce qu'on cherche. Nous ne voulons plus travailler comme avant.
Alors, nous faisons la connaissance d'une troisième classe.
Il y a des personnes qui se mettent du côté du Blanc
et qui nous disent: vous n'avez pas le droit de faire grève.
Nous revendiquons une juste cause, mais eux, ils nous mettent en
prison. Entre le Blanc et nous, se trouve le réactionnaire
noir.
Dans un régime normal, le gouvernement doit prendre les mesures
pour satisfaire les besoins du peuple. Mais nos chefs ne savent
que donner des amendes, lever des impôts, arrêter et
torturer. Les Blancs les paient pour ça. Le Blanc corrompt
nos frères qui sont réactionnaires pour nous causer
du tort. Le militaire qui a tué toute sa vie aura sa pension
et retournera au village. Est-ce qu'il va continuer à exterminer
ses propres parents? Non, le militaire doit aussi apprendre pourquoi
ses parents luttent. Quand il aura compris, il rejoindra notre combat."
Le capitalisme ne vivra pas éternellement
Une leçon politique donnée par Théodore Bengila
"L'impérialisme est venu au Congo, mais il faut savoir
que chez lui, il s'appelle d'abord le capitalisme. En Belgique aussi,
il y a un petit nombre de personnes qui ont le pouvoir et qui commandent
le gouvernement et l'armée. Ce petit nombre possède
les usines du pays, les machines et les outils avec lesquels le
travail peut s'effectuer. Là-bas en Belgique, la terre manque,
tu ne peux pas aller labourer les champs pour avoir quelque chose
à manger. Donc, si un patron ne te donne pas du travail,
tu peux même mourir. Le travailleur est ainsi obligé
de se vendre pour une faible somme d'argent, mais le patron l'oblige
à bosser durement. De cette façon, tous les patrons
ont gagné beaucoup d'argent. Tant d'argent qu'ils ne savent
plus quoi en faire en Belgique ou en Europe. Ca, c'était
à la fin du siècle passé. Alors, cet argent
des capitalistes est venu ici au Congo et l'impérialisme
a pris naissance. Ces capitalistes ont pensé qu'au Congo,
il y a encore beaucoup de richesses, des palmeraies, du cuivre,
du diamant. Ils viennent nous prendre par la force pour que nous
coupions des noix de palme, pour que nous creusions la terre pour
en sortir le cuivre. Ils nous accordent un salaire de rien du tout
et ils transportent toutes nos richesses chez eux. Ainsi, ils gagnent
encore plus d'argent. Puis, avec les matières premières
qu'ils ont volées chez nous, ils fabriquent du savon et d'autres
produits qu'ils réexportent au Congo. Avec notre petit salaire,
nous sommes obligés d'acheter ces produits et les capitalistes
en profitent une fois de plus. Bref, l'impérialisme, c'est
un voleur qui dévalise deux peuples, les travailleurs belges
et le peuple congolais.
Mais le capitalisme ne va pas vivre éternellement. Tout a
un début et une fin. Maintenant que le capitalisme exploite
toute la planète, c'est le monde entier qui est entré
en lutte contre lui. Dans le capitalisme, il y a le petit nombre
qui possède tout et qui décide de tout. Il y a des
classes, des riches et des pauvres, des oppresseurs et des opprimés.
Sur la terre entière, les gens qui travaillent durement vont
chasser le capitalisme et le remplacer par le socialisme. Dans le
socialisme, il n'y a pas de classes, tous les gens ont les mêmes
chances, peuvent faire des études et devenir dirigeants.
Les usines ne sont plus pour la petite minorité mais pour
le peuple. Les richesses produites servent à nourrir, vêtir
et éduquer tout le monde pour qu'il n'y ait plus de maîtres
et d'esclaves, plus de riches et de mendiants."
(Abo, Pages 111-112)
Pas de révolution sans les femmes
Une leçon de Mulele sur le rôle des femmes
« Les femmes mettent les enfants au monde; pourquoi doivent-elles
laisser la lutte aux seuls enfants et rester derrière eux?
Elles souffrent avec les enfants, elles doivent lutter avec les
enfants, mourir ensemble ou connaître le bonheur ensemble.
Les femmes connaissent beaucoup de choses Elles ont l'habitude de
bien réfléchir, elles peuvent nous donner conseil.
Si les hommes agissent seuls, ils feront des bêtises. La mère
de Marc Katshunga, à l'indépendance, était
déjà très vieille, mais elle écoutait
chaque jour les nouvelles à la radio. La femme doit s'intéresser
au sort du pays. Sinon, elle ne comprendra pas pourquoi son enfant
lutte, elle dira qu'il est bandit.
Les femmes sont toujours avec les enfants, elles les éduquent
Si la femme ne connaît pas les misères du pays et ne
sait pas comment lutter, les enfants ne l'apprendront pas non plus.
Il y a des pays ou les femmes ont lutté à côté
des hommes. Angela Davis est une Noire américaine qui a beaucoup
lutté. Valentina Terescova a été la première
femme astronaute.
En Chine, j'ai vu des femmes travailler comme ingénieur,
directeur d'entreprise, pilote d'avion, j'en ai vu commander dans
l'armée, conduire des chars. Avant la révolution,
la femme chinoise ne pouvait pas sortir de sa maison. Dès
l'enfance, on lui bandait les pieds pour qu'ils restent petits,
atrophiés. Sur ses pieds déformés, la femme
ne pouvait pas s'enfuir. C'est le président Mao qui a combattu
tout cela. »
(Abo, Page 83-8)
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