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Le
Conseil National de Libération et l’agression belgo-américaine
de 1964
Le 25 septembre 1963, des députés du Parlement manifestent
à Léopoldville pour la libération de Gizenga,
le président du PSA. Mukwidi, Yumbu, Mulundu, Masena, Tumba
Mwasipu, Bocheley et Gbenye sont arrêtés. Le 19 octobre,
le gouvernement déclara l'état d'exception.
Tous les pouvoirs sont à ce moment concentrés entre
les mains de Kasavubu, Mobutu, Nendaka, Anany, Maboti, Kandolo et
Bomboko. Le MNC-L et le PSA-Gizenga sont interdits. Un Conseil National
de Libération est formé le 3 octobre 1963 sous l'impulsion
de Mitudidi et de Mukwidi, qui ont commencé la révolution
avec Mulele.
Une ordonnance-loi signée le 16 décembre 1963 définit
dans son article 202 que "sera puni de mort quiconque, en vue
de troubler l'Etat, en faisant attaque ou résistance envers
la Force publique, se sera mis à la tête de bandes
armées."
Après leur libération, les parlementaires lumumbistes
se retirent à Brazzaville. Chassé de son siège
parlementaire, Gbenye se laisse convaincre par Mukwidi, Mitudidi
et Yumbu à accepter la création d'un Conseil National
de Libération. Mais très vite, il y a un désaccord
entre Gbenye et ceux qui suivent les conseils de Mulele. Les nationalistes
radicaux ne veulent à aucun prix que Gbenye dirige le CNL,
parce qu'ils le tiennent pour responsable de la capitulation à
Lovanium et parce qu'il a signé l'arrestation de Gizenga.
Le programme de Libération Nationale
Le 5 février 1964, les nationalistes radicaux retirent le
mandat de président provisoire à Gbenye. Bocheley
devient le nouveau président du CNL.
C'est au nom de cette organisation que Léonard Mitudidi,
Thomas Mukwidi et Abdoulaye Yekodia rédigent le programme
du CNL, publié le 15 avril 1964. Quelques extraits.
"La solution à la crise congolaise a son fondement dans
les masses populaires et exclut tout recours à un simple
changement d'hommes par une mascarade électorale ou à
la suite d'un coup d'Etat militaire. La solution du problème
congolais implique un changement complet et radical des formes d'organisation
économique et des options politiques de notre pays. ... Aucune
solution viable ne peut voir le jour à la suite d'élections
ou d'un référendum dans le cadre politique actuel
caractérisé par le fascisme, la soumission aux USA,
l'abus des pouvoirs, la fraude. ... Le CNL préconise toutes
les formes de lutte susceptible de renforcer l'action révolutionnaire
armée: protestations, manifestations, agitation, comités
de solidarité avec les combattants. ... Le gouvernement révolutionnaire
adoptera une orientation économique inspirée d'une
connaissance scientifique des lois sociales: l'expérience
socialiste, adaptée aux conditions de notre pays, est la
voie sûre de développement pour nos masses laborieuses."
Les troupes mobutistes chassées de deux tiers du
territoire national
A l'exemple de l'insurrection du Kwilu-Kwango, tout l'Est du Congo
s'enflamma à partir d'avril 1964. Toutes les masses, à
l'Est du Congo, étaient lumumbistes. Elles étaient
inspirées par l'insurrection que Mulele avait déclenchée
à l'Ouest, fin 1963.
Les révolutionnaires à l'Est n'avaient jamais vu Mulele,
mais ils allaient au combat sous le cri: "Mulele maï!".
Le général Olenga déclara: "Le Lumumbisme
est une doctrine, tandis que le Mulelisme est une force. Les deux
éléments conjugués donnent une arme invincible
pour délivrer le peuple congolais de la servitude des impérialistes."
En août, les troupes mobutistes sont déjà chassées
de deux tiers du territoire national. Les troupes de Mobutu étaient
en pleine débandade. Seul Tshombe disposait encore d'une
force combattante redoutable: 10.000 mercenaires katangais gardés
en réserve à l'ombre des fascistes portugais en Angola.
Tshombe, premier ministre à Kinshasa
Tshombe est le principal responsable de la mort de Lumumba. Il était
une marionnette que les Belges ont utilisée pour créer
le soi-disant: "Etat Indépendant du Katanga".
L'impérialisme belge et américain se sont mis d'accord
pour placer Tshombe au poste de premier ministre à Kinshasa.
Tshombe reçoit ses ordres à Bruxelles, où il
rencontre, le 24 juin 1964, Spaak et l'ambassadeur américain
Douglas Mc Arthur. Le 10 juillet, Tshombe prête serment "aux
lois du Congo et au chef de l'Etat" entre les mains de Kasavubu.
Thsombe, Kasavubu et Mobutu organisent une véritable terreur
contre les masses insurgées. Mais ils ne peuvent pas contenir
la volonté de libération des masses populaires, inspirées
par Mulele. Alors ils demandent aux gouvernements belge et américain
d'intervenir militairement pour écraser la révolution.
A partir du 14 septembre 1960 jusqu'au 24 novembre 1965, le Congo
a été dirigé essentiellement par Kasavubu,
Mobutu et Tshombe. Ces trois personnages ont été les
principaux instruments du néocolonialisme dans sa lutte contre
les nationalistes. Il est faux de prétendre que "la
démocratie" existait au Congo jusqu'au coup d'Etat de
Mobutu en 1965.
C'est lélimination de Lumumba le 14 septembre 60 qui a marqué
le début de la dictature néocoloniale exercée
contre les masses lumumbistes.
La contre-offensive pour écraser l'insurrection muleliste
Le colonel Vandewalle, l'attaché militaire de l'Ambassade
belge à Kinshasa, envoie, le 3 septembre 64, une note à
Spaak. Il constate que Mobutu n'a plus d'armée. "Il
faut considérer que sauf quelques détachements, l'ANC
actuelle est, soit mutinée, soit passée à la
rébellion, soit accrochée dans des camps, loin du
front, d'où elle refuse de sortir. Les autorités congolaises,
notamment Tshombe et Mobutu, sont d'accord pour déclarer
qu'elle doit être remplacée."
La Belgique dépêche 390 officiers et techniciens au
Congo, auxquels elle ajoute 320 paras lors de l'opération
Dragon Rouge du 24 novembre 1964. En mars 1965, Mobutu a à
son service 637 mercenaires blancs.
Début novembre 64, le colonel Vandewalle dit à ses
hommes: "La liquidation du gouvernement révolutionnaire
s'impose au plus tôt."
A l'Est du Congo, les forces nationalistes sont écrasées
lors de l'Opération Ommegang exécutée par la
colonne Vandewalle. Ce corps compte 65 officiers belges, 390 mercenaires
blancs, 65 officiers katangais et 4.200 soldats noirs, essentiellement
des mercenaires katangais venus de l'Angola.
Vandewalle ne cache pas qu'il revit les journées de grandeur
coloniale. "Tous les membres de l'État-major de la 5ième
Brigade mécanisée (colonne Vandewalle) avaient servi
à la Force publique. Ce fut la dernière fois qu'un
groupe d'officiers des anciennes troupes coloniales belges, conduisit
des opérations en Afrique centrale."
Le général sans soldats Joseph-Désiré
Mobutu a signé personnellement l'ordre de recruter 1.000
mercenaires. Il déclara : « Au départ et en
principe, je n'étais pas très chaud pour engager des
mercenaires. Et puis, la situation militaire est devenue telle que
j'ai dû engager moi-même des mercenaires pour combattre
la rébellion. Mais il n'y en a jamais eu plus de mille. Ce
sont des hommes valables qui aident réellement les populations
de l'intérieur. Cela me peine qu'on les traite comme des
mercenaires à chasser. On ne les chassera pas. Je sais qu'ils
viennent ici pour gagner de l'argent, mais beaucoup d'entre eux
travaillent avec un grand idéal. Blancs et Noirs, tous sont
officiers et exercent effectivement leur commandement. C'est indispensable.
Et les soldats sortis de Kitona sont maintenant sans complexes :
ils trouvent tout normal d'être commandés par des officiers
blancs et noirs. Ici au quartier général, les officiers
belges exercent des responsabilités réelles, comme
s'ils se trouvaient dans l'armée belge. »
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