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Mulele
: jeunesse et fondation du Parti Solidaire Africain
Pierre Mulele naquit le 11 juillet 1929 à Isulu-Matende,
un petit village situé dans le secteur de Lukamba sur le
territoire Gungu. Son père, Benoît Mulele, avait fait
des études d'infirmier. Il était l'un des premiers
intellectuels de la région. Sa mère s'appelait Agnes
Luam. Le jeune Pierre bénéficia de bonnes conditions
d'éducation: son père lui avait appris l'alphabet
avant qu'il n'aille à l'école. Benoît Mulele
était très aimé par la population de la région
d'Idiofa. Il prenait à coeur le sort des malades les plus
démunis. C'est dans cet esprit qu'il éleva ses enfants.
A l'école, le jeune Mulele était connu pour son dégoût
de l'injustice. Désigné comme surveillant du dortoir
des plus jeunes élèves à l'école moyenne
de Leverville, il refusa de dénoncer un seul élève.
En janvier 1951, Mulele, jugé "rebelle" et anticolonialiste,
fut renvoyé de l'Ecole d'Agriculture. Le Directeur l'envoya
à l'armée, où il obtint après six mois
le grade de caporal.
Très jeune, Mulele était déjà un organisateur.
Il comprit très tôt que les opprimés doivent
s'organiser pour devenir une force. En '52, il demanda à
son ami Fernand Nima de regrouper les anciens élèves
de la mission de Leverville qui résidaient à Léopoldville.
Nima fonda l'Unamil, l'Union des anciens élèves de
la mission Leverville. Après sa démobilisation Mulele
arriva début '53 à Léopoldville. Il y fut engagé
par la Direction générale des bâtiments civils
comme commis de deuxième classe. Dès son arrivée,
Mulele organise au sein de l'Unamil des causeries contre le colonialisme.
Il fut aussi actif dans l'Apic, l'Association du personnel indigène
de la colonie. Dès 1953, il se lance dans une campagne visant
à obtenir l'égalité des droits entre les fonctionnaires
blancs et noirs. Cette campagne pour "le statut unique"
impulse la prise de conscience nationaliste de nombreux 'évolués'.
Le jeune Mulele devient un combattant anti-colonialiste
Jusqu'en 1957, la littérature progressiste internationale
n'arrive presque pas au Congo belge. C'est la radio qui tient le
jeune Mulele au courant des grands bouleversements dans le monde.
Le 26 juillet 1956, le président égyptien Nasser nationalise
le canal de Suez. Devant les menaces de l'ex-colonisateur, il déclare:
"Je n'ai pas peur des petits soldats parfumés de l'empire
britannique." Ce qui suscite l'admiration de Mulele. En 1956
toujours, la guerre de libération nationale en Algérie
bat son plein. Jour après jour, Mulele suit les événements
à la radio.
En 1957, la revue Présence Africaine commence à circuler
dans les milieux congolais. Mulele y trouve des idées qui
seront les siennes toute sa vie. Le numéro de février-mars
1957 cite N'Krumah:
"A partir de ce moment, le nationalisme panafricain et une
conscience d'émancipation africaine doivent se répandre
à travers tout le continent dans ses moindres parties."
L'année suivante, en août 1958, plusieurs centaines
'd'évolués' congolais sont invités à
l'Exposition universelle de Bruxelles. Ils y découvrent la
planète entière et la littérature révolutionnaire
internationale. Ce sont eux qui ramènent les premiers livres
marxistes au Congo. Ainsi, Mulele et ses amis découvrent
les livres de Lénine, consacrés à la question
coloniale, les oeuvres de Staline et de Mao Zedong. Au cours de
l'année 1958, Mulele fait la connaissance d'un communiste
grec, Bourras. Il lui demande d'où vient la force qui a permis
à l'URSS de vaincre les occupants nazis. Bourras répond:
"En Union soviétique, les intérêts collectifs
passent avant tout. Il n'y a plus de patrons qui s'enrichissent
aux dépens du peuple. Chez vous, au Kwilu, presque tout appartient
aux Huileries du Congo Belge. En 1947, le président de la
société Lever vous a rendu visite, il n'avait que
29 ans. Serait-ce lui qui a créé les richesses de
ces 150 entreprises qu'il contrôle dans le monde ? En Union
soviétique, les moyens de production appartiennent à
l'ensemble des travailleurs. C'est ce qui fait sa force."
La fondation du Parti Solidaire Africain (PSA)
Le 10 octobre 1958, Lumumba fonde le Mouvement National Congolais
(MNC). Mulele estime que ce parti est trop lié aux colonisateurs
puisque des éléments comme Ileo et Ngalula, proches
de l'Eglise catholique et de l'administration coloniale, se trouvent
à sa direction. Ce n'est qu'en juillet 1959 que le parti
de Lumumba se radicalisera, après la scission avec les agents
du colonialisme Ileo, Ngalula, Kalonji et Adoula. Mulele, lui, prépare
entre-temps la fondation du Parti Solidaire Africain.
La révolte de Léopoldville, précipite la fondation
du Parti Solidaire Africain. Mulele dit ceci: «Les nôtres
se sont vaillamment battus sans armes. S'ils avaient disposé
d'une bonne organisation et d'armes en suffisance, ils auraient
pu libérer la ville. »
Unité congolaise et africaine
Mulele n'a jamais été un tribaliste ni un régionaliste.
Il est partisan de la formation d'un seul parti nationaliste radical
et prône une politique panafricaine. Il écrit : "Le
Parti Solidaire Africain a pour but l'émancipation du peuple
africain dans tous les domaines, son accession dans l'unité
existante à l'indépendance." Les statuts prévoient
que le PSA sera dissout et intégré dans un nouveau
parti, issu de la fusion des différentes formations nationalistes.
Mulele propose Antoine Gizenga comme premier président du
PSA. Gizenga a déjà un certain âge et a failli
se faire ordonner prêtre. En outre, il travaille dans le privé
et échappe donc aux tracasseries qui assaillent les fonctionnaires.
Mulele, lui, devient secrétaire général.
Par la suite, Mulele élabore un projet de la République
fédérale du Congo : "L'Etat fédéral
unitaire du Congo aura tout en mains pour promouvoir la politique
sociale et économique du pays."
Le 19 septembre 1959, Mulele rencontre le comité provincial
PSA de Kikwit. Il met déjà l'accent sur deux points
cruciaux: il faut mobiliser la masse exploitée et il faut
être prêt à se battre les armes à la main.
Mulele déclare: "Nous avons déjà demandé
l'indépendance, maintenant il nous faut l'acquérir.
Il nous faut organiser des luttes pour avoir notre indépendance.
Et pour agir efficacement, la masse doit collaborer avec nous. Les
conséquences qui vont s'ensuivre sont indubitables. Une tension
naîtra entre l'administration et le parti. Des arrestations,
il faut s'y attendre. Mais malgré toutes les mesures vexatoires,
nous demeurerons fermes dans notre résolution. Devant une
telle résistance, il faudra s'attendre à des événements
sanglants."
Pendant la campagne électorale de 1960, Mulele, Gizenga,
Yumbu et madame Andrée Blouin font une tournée au
Kwilu. Ils prennent soin de contacter tous les paysans jusque dans
les moindres villages. Ceux-ci s'inscrivent par milliers au PSA.
Même des religieuses noires rejoignent le Parti.
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