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août 30, 2005

FDLR : «Nous attendons un geste de Kigali» + réponse de Antoine Ghonda

Ignace Murwanashyaka, chef politique de l'opposition des FDLR, rejette sur le pouvoir l'échec de l'accord de Rome.
Il espère une issue politique avant un ultimatum menaçant.
Les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) ont organisé samedi à Bruxelles une réunion de leurs membres en Europe pour débattre, d'une part, du processus dit de Rome, adopté le 31 mars, qui prévoit un retour au Rwanda des militants de ce mouvement d'opposition, souvent accusé d'abriter d'anciens génocidaires, et, d'autre part, des dissensions que cette démarche a provoquées en leur sein.
Le «chef politique» des FDLR, Ignace Murwanashyaka, promoteur de l'accord de Rome, estime que le nombre de membres de son mouvement qui ont fait dissidence est «insignifiant», «de 60 à 80 personnes au sein de la branche militaire» et «quatre membres de l'aile politique». «Tout le comité directeur est derrière moi», assure-t-il. Mais Ignace Murwanashyaka se heurte aussi à l'échec de l'application du processus de Rome. Interview.

Quelle est votre analyse de la non-application du processus de Rome?
Je tiens à ce que processus puisse arriver à terme et porter de bons fruits. C'est une chance de pouvoir résoudre le problème politique rwandais pacifiquement. Dans ce processus, nous, les FDLR, faisons beaucoup de compromis. Nous acceptons de renoncer à la lutte armée; nous avions arrêté tous les préparatifs d'attaques contre le Rwanda. Nous avons même dit que nous ne mettions pas le pouvoir de Kagame en question, nous le reconnaissons comme Président du Rwanda malgré le fait que nous savons que c'est un criminel en fonction -il a tué deux présidents et plus de 200000 réfugiés rwandais dans les forêts de la RDC. Accepter de rentrer chez quelqu'un dont vous savez qu'il est responsable de la mort de toute votre famille dans les forêts du Congo, ce n'est pas facile.
Malgré les concessions que nous avons faites, le régime de Kigali a refusé de faire un seul pas. Voilà la source de l'impasse actuelle du processus de Rome.

Qu'attendez-vous du gouvernement de Kigali?
Nous attendons que le gouvernement de Kigali accepte la mise sur pied du comité international de suivi. Il a refusé. Nous en avons discuté lors d'une réunion à Lumumbashi, en avril, tout juste après Rome.
Il faudrait que le gouvernement rwandais accepte que nous rentrions. Nous avons l'impression qu'il veut toujours nous utiliser pour ses intérêts hégémoniques dans la région, pour occuper le Kivu et pour pouvoir exploiter à moindres frais les mines d'or, de diamant, de coltan...

Comment réagissez-vous au dernier ultimatum du Congo, de l'Ouganda et du Rwanda vous sommant de désarmer avant la fin du mois de septembre?
Je déplore que cela soit arrivé à ce niveau parce que nous, nous avons offert de rentrer au Rwanda. Nous avons démontré que le problème n'est pas de notre côté mais du côté de Kigali. Nous aurions aimé que les initiateurs de cet ultimatum se penchent sur le vrai problème, le problème rwandais, celui d'un régime qui doit changer, qui doit accepter un compromis avec son opposition politique armée et non armée. Nous voulons rentrer en tant que parti politique au Rwanda. C'est un droit que nous ne pouvons pas négocier. Nous demander de nous intégrer dans le système criminel du FPR (Front patriotique rwandais, ex-rébellion, aujourd'hui ossature du pouvoir à Kigali, NdlR), c'est nous demander l'impossible.
Nous espérons que la communauté internationale comprendra à un certain moment que le vrai problème est celui du régime. Personne ne reste volontairement dans la forêt dix ans, avec des enfants non scolarisés, des blessés non soignés. Pourquoi ces gens acceptent-ils des conditions aussi dures, presque inhumaines?

Le contexte géopolitique n'a-t-il pas changé en votre défaveur parce que Kigali et Kinshasa se sont rapprochés?
Quand les troupes de Kigali nous ont tués (en 1996, NdlR), Kigali, Kampala, Bujumbura et Kinshasa s'entendaient bien. Nous n'avons pas été exterminés pour autant. Il faut se demander pourquoi. Si même on nous attaque à nouveau, ce serait une erreur de croire que l'on va exterminer ce peuple qui est en train de lutter pour ses droits. Nous ne sommes pas des bandits. Quand vous luttez pour vos droits, vous ne pouvez pas avoir peur.

Espérez-vous, avant la fin de cet ultimatum, une négociation politique?
Nous avons tendu la main au gouvernement de Kigali et à la communauté internationale; nous attendons que la communauté internationale puisse vraiment se pencher sur ce problème, qui est politique, et n'est pas celui des ex-Far (Forces armées rwandaises de l'ancien régime, NdlR) et des génocidaires. Nous, les FDLR, nous sommes contre l'impunité; nous voulons même que le Tribunal pénal international pour le Rwanda puisse venir et nous donne les listes des gens recherchés qui seraient chez nous; nous allons coopérer. Tout cela va dépendre de la communauté internationale; nous sommes en train de frapper à toutes les portes. C'est à la communauté internationale de faire pression sur Kigali pour accepter l'ouverture d'un espace politique.

Antoine Ghonda répond:
L'ambassadeur itinérant du Chef de l'Etat, M. Antoine Ghonda Mangalibi s'est exprimé sur les antennes de la Radio télévision du Groupe " L'Avenir " (Rtg@) en sigle, le week-end dernier où il était l'invité du journal. Ayant participé à la tripartite Rd-Congo-Rwanda-Burundi de la semaine dernière, M. Antoine Ghonda réagissait par rapport au communiqué final de ladite tripartite où il était dit que la Rd-Congo devra poursuivre ses contacts avec les Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (Fdlr) afin de mettre en application la déclaration de Rome d'ici le mois prochain.
A ce sujet, le diplomate a déclaré que la résolution 1556 de l'Onu donne mandat à la Rd-Congo pour régler ce problème. C'est ainsi que la Rd-Congo a tenu à ce que la Communauté internationale soit présente pendant les négociations afin que le pays ne soit pas accusé de complicité avec les Fdlr. Pour l'ambassadeur itinérant du Chef de l'Etat, la Rd-Congo a tenu à la présence de la Communauté internationale au cours de ces négociations pour que les Fdlr sachent chez qui se tourner en cas d'un problème quand ils seraient rentrés au Rwanda.
M. Antoine Ghonda a souligné que le travail de la Rd-Congo se limite à conduire les miliciens à la frontière. Au cas où cette opération ne marche pas, la Rd-Congo demandera à la Communauté internationale de former les Fardc afin qu'elles soient capables de procéder au rapatriement forcé de ces miliciens. Parlant de ce rapatriement forcé, Antoine Ghonda a estimé que ces opérations auront pour conséquence la déstabilisation de la Rd-Congo, car ces miliciens risquent de s'en prendre à la population. Or, l'option de la Rd-Congo est de protéger strictement cette population.
L'Avenir 30 août 2005

La Libre Belgique, le 29/08/2005 + L'Avenir 30 août 2005

Posted by leonard at août 30, 2005 05:21 AM