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pcanywhere isass

septembre 18, 2005

Concernant le major Bora, voici une histoire publié par Le Soft :

La rafle des «mauvais garçons» r-dcongolais à Kigali: comment tout est parti
Tout est parti d’une mauvaise rencontre à l’hôtel des Mille Collines à Kigali. Ce fut le jeudi 25 août. La veille, le général RCD Bora Uzima avait quitté Goma - seul au volant de sa Nissan 4X4 pour se rendre à Kigali, au Rwanda. 

Il passe la nuit dans une chambre dans ce qui est désormais le troisième hôtel du pays et, le lendemain, la faim creusant l’estomac, le voici qui déboule dans le salon du quatrième étage pour le petit-déjeuner. 


Là, quand il tire une chaise pour prendre place, un baron du régime le reconnaît, avance droit vers lui - pour s’en rassurer - et lui serre la main, tous sourires dehors. C’est le félin ministre Nande Mbusa Nyamwisi, en charge de la Coopération régionale, qui lui parle en swahili, signe de ralliement. 

Mbusa le prend ensuite par la main et le conduit vers trois autres hommes, trois plénipotentiaires kinois: l’ex-ministre des Affaires étrangères Antoine Ghonda depuis, conseiller diplomatique du chef de l’État, le professeur Samba Kaputo, conseiller en charge des questions de sécurité de la R-dCongo et l’ex-ambassadeur à Washington André Kapanga. 

Ces trois-ci l’ont aussi reconnu et serrent les dents à son approche. Ils refusent de serrer la main du général hormis une petite salutation orale. Sûr qu’il n’est pas le bienvenu, Bora Uzima regagne sa place et avale en toute vitesse son petit-déjeuner anglais avant de déguerpir. 


FROID ACCUEIL. 

Depuis deux jours, les hommes de Kinshasa participent dans la Capitale rwandaise - avec des plénipotentiaires ougandais, poussés par Washington représenté par le «Monsieur Afrique» Donald Yamamoto de l’administration Bush qui les encadre fermement, et en présence d’un autre Américain William Lacy Swing, le patron de la MONUC - à des énièmes rounds de négociation. 

Les Américains tentent de faire renaître la confiance entre ces trois pays voisins (…)
Le général, ex-FAZ, ex-Dsp mobutiste, a vite réglé sa chambre qu’il s’engouffre dans son énorme Nissan. Deux ou trois petites visites suffisent que le revoilà escaladant collines rwandaises et escarpements. Direction: Gisenyi, qu’il rejoindra trois heures plus tard avant de se présenter à la grande barrière, la porte d’entrée de Goma. Il n’a pas encore quitté l’agglomération urbaine de Kigali que le téléphone se met à sonner, sans arrêt. 

Les instructions sont tombées. Bora Uzima est recherché par du galonné rwandais. Pourquoi? «Qu’est-il venu faire à Kigali? Depuis quand s’y trouvait-il? Qu’est-il allé faire à l’hôtel Mille Collines? Que recherchait-il en allant au-devant des plénipotentiaires r-dcongolais?»
Uzima explique laborieusement son problème. Il s’est rendu à Kigali pour des soins à l’hôpital roi Fayçal. Il a pris sa chambre, comme d’habitude. Puis, le voilà, dans la salle du petit déj, nez à nez, avec les Kinois. Quelqu’un l’a reconnu. On connaît la suite. 

Bora aurait pu ordonner un service de chambre que sans doute rien ne se serait passé. Du moins ce jour-là. Mais les appels téléphoniques pleuvent, l’accompagnent jusqu’à la frontière r-dcongolaise, Uzima «Eh bwana» («Eh, l'ami!») plaintif à la bouche, surpris et étonné d’un changement aussi subit de politique à Kigali. 

L’homme est d’ordinaire avide d’eau mais ce jour-là, le général en a bu particulièrement vidant au moins quatre litres d’eau de la marque ougandaise Nil acquise à Kigali. 

(…) 


Accusé, condamné à mort par contumace dans le procès du président, Bora, qui s’en défend avec force, est convaincu que sa rencontre des Mille Collines a donné lieu à une vigoureuse protestation de la part des Kinois, devant Yamamoto, devant Swing, devant les Ougandais. C’était fort de café. Au minimum, le général a été au mauvais endroit, au mauvais moment… D’où l’ire des dirigeants rwandais! 

«LE SOFT2» N°828 | LE 6 SEPTEMBRE 2005 |

Laver plus blanc, ou plaidoyer pour Kagame
par Tryphon Kin-kiey Mulumba. 


Lors de la fratricide guerre, ils savaient viser et frapper - là où le coup était le plus déterminant -, mettre à mal l’adversaire et se retirer à temps. Parfois, ils étaient ceux qui offraient la paix des armes. 
À Kinshasa, sous Mobutu Père, c’est eux qui aménagèrent un couloir fluvial afin que les barons du régime déchu, candidats à l’expatriation, le trouvent et s’en aillent. À Kisangani, face à l’armée ougandaise alliée, puis soudain rivale mise en déroute, ils furent les premiers à quitter la troisième ville du pays. 
À Muliro et Pweto, alors que Lubumbashi et Kamina, la base militaire, étaient à un jet de pierres via Kasenga, la grande ville du lac Moero, que le moral des troupes loyalistes était entamé après l’assassinat dans la Capitale de Laurent-Désiré Kabila, c’est eux qui ordonnèrent à leurs alliés du RCD-Goma de stopper toute avancée et de revenir à leurs positions de départ, à savoir, Pepa. 
On peut ne pas les aimer, les Rwandais d’après-Habyarimana sont comme ça. Une histoire écrira à froid ce qu’ils sont ou auront été en réalité et la méthode - la stratégie - qu’ils ont ou auront employée dans leurs conquêtes - ou leurs reconquêtes - politiques et militaires. 
Il reste, dans l’intervalle, à faire des constats froids. 
Jamais, ces Rwandais n’ont jamais fait mystère de leur présence dans l’ex-Zaïre. Et, en même temps, jamais ils n’ont manqué d’arguments pour justifier leur présence chez leurs voisins occidentaux et, sinon convaincre, du moins se faire comprendre. On peut ne pas prendre en compte ces arguments, là sont les faits. 
Quand ils estiment qu’entre mourir, disparaître et vivre en se battant, les armes à la main, ils ont fortement opté pour la deuxième voie en allant chercher là où ils avaient trouvé une niche dorée ceux qui voulaient leur mort et leur disparition, comment ne pas être sensible à l’argument? En même temps, comment ne pas condamner une politique d’incurie qui a consisté à accueillir, à abriter - mieux, à armer - ceux qui avaient commis l’innommable? 
Aujourd’hui, les médias font état de la véritable horreur qui régna lors de ce génocide des Tutsis. Hollywood vient de porter sur écran des films qui montrent l’abominable et que l’on ne peut regarder sans s’essuyer une larme. Le Rwanda est lavé blanc. 
Aux côtés des rebelles r-dcongolais qui se sont battus pour une certaine idée de justice et de vérité, ils y ont été, sans s’en cacher. Et voici que quand il s’agit de défendre les mêmes idées de justice et de vérité, ces Rwandais sont présents... au Darfour ravagé par le Nord au nom de la race. CNN et les télévisions du monde montrent comment leur armée - l’une des rares disciplinées d’Afrique - se bat pour la cause supérieure et la cause noble. À Kigali, ça marche si bien que ses fils et filles passent l’épreuve des organisations internationales comme par enchantement. 
Les Rwandais tournent une page. Ils supportaient mal d’être pointés du doigt, cités comme étant le mouton noir du Continent. 
À Kigali, on tire le bilan. Parfois dur. On fait le compte de pertes et profits et on assume. Courageusement. L’essentiel c’est demain. L’essentiel c’est d’en sortir. 
Avec Kinshasa, l’heure est au désengagement, à la normalisation pleine et entière avec les Autorités établies. Le camp anglo-saxon - Washington qui conduit les négociations de sécurité aux frontières avec «Monsieur Afrique» du département d’État Donald Yamamoto et Londres - y aura pesé de tout son poids. 
La rafle des «mauvais enfants» à Kigali et à Gisenyi se comprend. Kigali fait le ménage. On peut ne pas aimer, le pays des Mille Collines sait laver plus blanc. Au mieux, d’aucuns diront c’est de la communication! Mais le monde n’est-il plus désormais que communication?

«LE SOFT2» N°828 | LE 6 SEPTEMBRE 2005 |

Posted by leonard at septembre 18, 2005 04:34 PM