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auto kill MU gameseptembre 05, 2005
Tsunami ou Katrina : Au Congo, mille morts chaque jour
Huit mois après le tsunami, alors que les Etats-Unis sont confrontés à l'une des pires catastrophes naturelles, c'est l'Afrique des Grands Lacs que le Secrétaire général adjoint des Nations unies, le Norvégien Jan Egeland, est venu remettre ce jeudi à l'agenda de l'Union européenne et de la Belgique. L'homme évoque de bons contacts avec le ministre belge de la Coopération au développement Armand De Decker, ainsi qu'avec le commissaire européen Louis Michel. C'est pourtant un cri d'alarme que l'homme venait relayer : ce n'est pas face à un tsunami ou face à Katrina que les humanitaires de l'ONU ont besoin d'aide. C'est au Congo. . .
Avez-vous obtenu du concret ?
Oui. Notre coopération - spécialement sur l'Afrique - n'a cessé ces dernières années d'être plus intensive, productive et positive, à la fois avec l'Union européenne et, spécifiquement en bilatéral, avec la Belgique. Je pense que nous sommes les acteurs de tout premier plan pour obtenir l'attention de la communauté internationale, d'abord sur la crise humanitaire qui se déroule dans la région des Grands Lacs, mais aussi sur l'occasion historique qui se présente pour sortir l'un des pays les plus importants d'Afrique (NDLR : le Congo) du cercle vicieux dans lequel il se trouve et de la crise humanitaire qu'il traverse, peut-être la pire au monde depuis plusieurs années.
Du côté de M. De Decker, qui se dit « favorable à une Conférence mondiale des donateurs » qui pourrait se tenir dans les prochains mois à Bruxelles, qu'avez-vous obtenu ?
La Belgique aide les Nations unies de manière assez systématique. En Afrique et spécialement dans la région des Grands Lacs. L'assistance belge s'accroît, et cela est fort bienvenu. J'apprécie que la Belgique nous fournisse du financement pour l'un des endroits où nous avons l'un des plus gros problèmes du moment. Le monde oublie l'ampleur de l'enjeu qui se joue en RDC, au Burundi, au Rwanda. Nous avons discuté concrètement la possibilité d'avoir quelque chose comme un vaste effort global de donateurs : comment faire pour éveiller le monde à ce qui se passe dans cette région ? Peut-être peut-on avoir un effort international où l'ONU et l'Union travailleraient ensemble sur la RDC. Nous pensons toujours qu'un millier de vies sont perdues chaque jour au Congo à cause de maladies qui peuvent être contrecarrées. J'ai essayé de dire à la planète, au début de l'année, lorsque le monde s'est réveillé dans la foulée du tsunami, qu'il y avait au Congo un bilan humain comparable au tsunami tous les huit à neuf mois. Année après année, après année. C'est intolérable ! Nous ne pouvons pas continuer comme cela.
Du 14 au 16 septembre se tient à New York un sommet sur la réforme des Nations unies. Or ce que nous avons vu au nouvel an à Aceh (Indonésie), dans les premiers jours qui ont suivi le tsunami, c'est une intervention des Nations unies où la coordination était exécrable, les communications un échec, et le personnel largement atteint par l'âge de la retraite.
Quelles réformes allez-vous engager ?
Le tsunami était le plus grand défi jamais rencontré par une opération d'aide humanitaire emmenée par les Nations unies. Il est vrai que nous avons eu à différents endroits de grands problèmes de démarrage, des engorgements. Ceux-ci ont été résolus rapidement. A Aceh, nous avons envoyé un directeur et une large équipe venue pour assister la première équipe (qui n'était pas la bonne, qui était juste celle dont nous disposions en Indonésie, à l'heure où nous fermions notre représentation).
Cependant, plusieurs évaluations ont été faites et l'urgence telle que nous l'avons déployée s'est passée remarquablement bien dans les premiers deux à trois mois : le niveau de nutrition n'a pas baissé, la couverture de santé s'est accrue, nous avons contrecarré les épidémies. A terme, nous avons coordonné les apports militaires de 35 pays, les activités de 700 ONG, et les apports de 90 pays donateurs.
Mais comment abordez-vous le débat sur la réforme des Nations unies ?
Devons-nous nous réformer ? Oui, mais (. . . ) ce n'est pas dans la réponse à donner à un tsunami que nous voyons les problèmes, c'est dans les cas du genre de celui que nous rencontrons en RDC où on assiste à un désintérêt continu durant des années. Sur un tsunami, on (ne) vit (que) des engorgements passagers. Mais sur la RDC. . . C'est pour cela que je suis venu faire du lobbying auprès de l'Union et de M. De Decker. Nous créons maintenant un fonds d'urgence : nous demandons un fonds de réserve de 500 millions de dollars, qui nous permette de lancer sans délai des opérations lorsque c'est nécessaire, au Niger, au Darfour, etc. Cela nous prend trop de temps pour obtenir de l'argent face aux crises, et les montants récoltés sont imprévisibles. Nous avons déjà engrangé des déclarations très positives.
L'autre réforme dans laquelle nous sommes engagés est que nous mettons systématiquement sur pied des capacités de réponse dans les zones où nous avons des failles : abris, traitement des eaux, protection pour les nationaux déplacés, etc. Nous sommes très bons sur la nourriture, souvent très bons sur les réfugiés, bons sur les vaccinations. Mais nous sommes faibles sur le traitement de l'eau. Donc nous établissons des capacités, en stand-by, sur les zones faibles.
Cette dernière réforme va-t- elle avoir un impact au Congo ?
Oui, j'espère. Indirectement. Si nous avons ce fonds d'urgence, nous allons pouvoir répondre aux crises du Congo. Mais nous avons besoin que les Etats membres, en général, voient à quel point la situation du Congo est mauvaise. Au lieu d'un programme de cent millions de dollars, nous avons besoin d'un programme d'un milliard de dollars, comme au Soudan.
Le Soir, 3 septembre 2005
Posted by leonard at septembre 5, 2005 04:56 PM