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septembre 26, 2005

Un challenger pour l'inamovible Omar Bongo

Après la Côte d'Ivoire et le Togo, le Gabon va-t-il entrer lui aussi dans la zone des tempêtes ?Ce qui est sûr, c'est que l'inamovible président Omar Bongo Ondimba, 69 ans dont 38 au pouvoir, fait preuve d'une nervosité inhabituelle depuis son retour du sommet des Nations unies à New York. En effet, alors que les élections présidentielles sont prévues pour la fin de l'année, il a annoncé son intention de retirer leur passeport à tous ses opposants qui souhaiteraient se rendre à l'étranger.

Affirmant que les élections se préparent au Gabon, et pas aux Etats-Unis ou en France, il a dénoncé tous les opposants qui mènent campagne contre lui dans les capitales étrangères. Il a même demandé au ministère français de l'Intérieur de communiquer la liste de tous les Gabonais qui font des conférences de presse, qui sont déjà en campagne électorale Ce mouvement d'humeur marque le début d'une campagne électorale qui sera peut-être moins sereine que d'ordinaire. Depuis l'adoption formelle du multipartisme, au début des années 90, le président avait réussi à récupérer tous ses opposants déclarés ou potentiels.

En 1998, même l'un des plus virulents, d'entre eux, le père Paul Mba Abessole, avait fini par faire l'éloge d'une « démocratie conviviale » et accepté de rejoindre un gouvernement d'ouverture. Cette fois, le péril vient de deux côtés différents. Le premier est le mouvement BDP (Bongo doit partir) ou « Gabon nouveau », illégal dans le pays, et qui a été créé aux Etats-Unis. Une manifestation de partisans de ce mouvement vient d'être interdite à Paris.

Un opposant beaucoup plus inquiétant
Par contre, un autre opposant récemment déclaré, Zacharie Myboto, multiplie les déclarations depuis la France où il possède une résidence. Président d'un nouveau parti, l'Union du peuple gabonais, M. Myboto est un opposant bien plus inquiétant car il est issu du sérail et jouit probablement d'appuis dans l'ancienne métropole. En effet, cet homme de 67 ans est, depuis 1970, membre du bureau politique du parti démocratique gabonais et il fut plusieurs fois ministre, à l'Information, aux Postes et Télécommunications, aux Travaux publics et à l'Aménagement du territoire.

Ce membre éminent du sérail politique nous a longuement expliqué ce qu'il considère aujourd'hui comme le scandale gabonais : Un pays dont les ressources en pétrole peuvent se comparer à celles des Emirats, qui possède aussi du manganèse, de l'or, des forêts, mais où 60 % de la population (1. 270. 000 habitants) vit au-dessous du seuil de pauvreté. Un pays qui se situe au 123e rang de l'indice de développement humain. Aujourd'hui que la situation économique s'avère difficile (malgré la hausse des cours du brut) et que la pauvreté augmente, M. Myboto s'est lancé dans l'opposition et sera probablement le « challenger » du président Bongo lors des prochaines élections.

Malgré ses dimensions réduites, le Gabon est un pays important pour la France : non seulement parce qu'il a littéralement servi d'éponge à pétrole pour le groupe Elf, mais aussi parce que le président Omar Bongo est, par sa fille, apparenté au président Sassou Nguesso du Congo Brazzaville, et qu'il entretient aussi d'excellents rapports avec l'Angola et la République démocratique du Congo. En outre, alors que la France a perdu la partie en Côte d'Ivoire et que le Togo demeure instable, le souci de préserver son influence incite probablement Paris à miser à la fois sur le président et. . . sur certains de ses opposants.

BRAECKMAN, Le Soir : édition du 26/09/2005 | page 11

Posted by leonard at septembre 26, 2005 10:48 AM